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Guy de Maupassant - Monsieur Parent et autres histoires courtes

à tuer par la guillotine ceux qui avaient tué par le couteau, moi! moi! si je faisais comme tous les
assassins que j'ai frappés, moi! moi! qui le saurait?

10 août. - Qui le saurait jamais? Me soupçonnerait-on, moi, moi, surtout si je choisis un être que
je n'ai aucun intérêt à supprimer?

15 août. - La tentation! La tentation, elle est entrée en moi comme un ver qui rampe. Elle rampe,
elle va; elle se promène dans mon corps entier, dans mon esprit, qui ne pense plus qu'à ceci: tuer; dans

mes yeux, qui ont besoin de regarder du sang, de voir mourir; dans mes oreilles, où passe sans cesse

quelque chose d'inconnu, d'horrible, de déchirant et d'affolant, comme le dernier cri d'un être; dans mes

jambes, où frissonne le désir d'aller, d'aller à l'endroit où la chose aura lieu; dans mes mains, qui

frémissent du besoin de tuer. Comme cela doit être bon, rare, digne d'un homme libre, au-dessus des

autres, maître de son coeur et qui cherche des sensations raffinées!

22 août. - Je ne pouvais plus résister. J'ai tué une petite bête pour essayer, pour
commencer.

Jean, mon domestique, avait un chardonneret dans une cage suspendue à la fenêtre de l'office. Je l'ai
envoyé faire une course, et j'ai pris le petit oiseau dans ma main, dans ma main où je sentais battre son

coeur. Il avait chaud. Je suis monté dans ma chambre. De temps en temps, je le serrais plus fort; son

coeur battait plus vite; c'était atroce et délicieux. J'ai failli l'étouffer. Mais je n'aurais pas vu le sang.

Alors j'ai pris des ciseaux, de courts ciseaux à ongles, et je lui ai coupé la gorge en trois coups, tout
doucement. Il ouvrait le bec, il s'efforçait de m'échapper, mais je le tenais, oh! je le tenais; j'aurais tenu

un dogue enragé et j'ai vu le sang couler. Comme c'est beau, rouge, luisant, clair, du sang! J'avais envie

de le boire. J'y ai trempé le bout de ma langue! C'est bon. Mais il en avait si peu, ce pauvre petit oiseau!

Je n'ai pas eu le temps de jouir de cette vue comme j'aurais voulu. Ce doit être superbe de voir saigner un

taureau.

Et puis j'ai fait comme les assassins, comme les vrais. J'ai lavé les ciseaux, je me suis lavé les mains, j'ai
jeté l'eau et j'ai porté le corps, le cadavre, dans le jardin pour l'enterrer. Je l'ai enfoui sous un fraisier. On

ne le trouvera jamais. Je mangerai tous les jours une fraise à cette plante. Vraiment, comme on peut jouir

de la vie, quand on sait!

Mon domestique a pleuré; il croit son oiseau parti. Comment me soupçonnerait-il! Ah! ah!

25 août. - Il faut que je tue un homme! Il le faut.

30 août. - C'est fait. Comme c'est peu de chose!

J'étais allé me promener dans le bois de Vernes. Je ne pensais à rien, non, à rien. Voilà un enfant dans le
chemin, un petit garçon qui mangeait une tartine de beurre.

Il s'arrête pour me voir passer et dit: «Bonjour, m'sieu le président.»

Et la pensée m'entre dans la tête: «Si je le tuais?»

Je réponds: - Tu es tout seul, mon garçon?

- Oui, M'sieu.

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