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Guy de Maupassant - Monsieur Parent et autres histoires courtes

imaginer. La seule pensée de la querelle, des éclats de voix, des injures traversant l'air comme des balles,
des deux femmes face à face se regardant au fond des yeux et se jetant à la tête des mots blessants, lui

faisait battre le coeur, lui séchait la bouche ainsi qu'une marche au soleil, le rendait mou comme une

loque, si mou qu'il n'avait plus la force de soulever son enfant et de le faire sauter sur son genou.

Huit heures sonnèrent; la porte se rouvrit et Julie reparut. Elle n'avait plus son air exaspéré, mais un air
de résolution méchante et froide, plus redoutable encore.

- Monsieur, dit-elle, j'ai servi votre maman jusqu'à son dernier jour, je vous ai élevé aussi de votre
naissance jusqu'à aujourd'hui! Je crois qu'on peut dire que je suis dévouée à la famille...

Elle attendit une réponse.

Parent balbutia: «Mais oui, ma bonne Julie.»

Elle reprit: - Vous savez bien que je n'ai jamais rien fait par intérêt d'argent, mais toujours par intérêt
pour vous; que je ne vous ai jamais trompé ni menti; que vous n'avez jamais pu m'adresser de reproches...

- Mais oui, ma bonne Julie.

- Eh bien, Monsieur, ça ne peut pas durer plus longtemps. C'est par amitié pour vous que je ne disais rien,
que je vous laissais dans votre ignorance; mais c'est trop fort, et on rit trop de vous dans le quartier. Vous

ferez ce que vous voudrez, mais tout le monde le sait; il faut que je vous le dise aussi, à la fin, bien que

ça ne m'aille guère de rapporter. Si Madame rentre comme ça à des heures de fantaisie, c'est qu'elle fait

des choses abominables.

Il demeurait effaré, ne comprenant pas. Il ne put que balbutier: «Tais-toi... Tu sais que je t'ai défendu...»

Elle lui coupa la parole avec une résolution irrésistible.

- Non, Monsieur, il faut que je vous dise tout, maintenant. Il y a longtemps que Madame a fauté avec M.
Limousin. Moi, je les ai vus plus de vingt fois s'embrasser derrière les portes. Oh, allez! si M. Limousin

avait été riche, ça n'est pas M. Parent que Madame aurait épousé. Si Monsieur se rappelait seulement

comment le mariage s'est fait, il comprendrait la chose d'un bout à l'autre...

Parent s'était levé, livide, balbutiant: «Tais-toi... tais-toi... ou...»

Elle continua:

- Non, je vous dirai tout. Madame a épousé Monsieur par intérêt; et elle l'a trompé du premier jour.
C'était entendu entre eux, pardi! Il suffit de réfléchir pour comprendre ça. Alors comme Madame n'était

pas contente d'avoir épousé Monsieur qu'elle n'aimait pas, elle lui a fait la vie dure, si dure que j'en avais

le coeur cassé, moi qui voyais ça...

Il fit deux pas, les poings fermés, répétant: «Tais-toi... tais-toi...» car il ne trouvait rien à répondre.

La vieille bonne ne recula point; elle semblait résolue à tout.

Mais Georges, effaré d'abord, puis effrayé par ces voix grondantes, se mit à pousser des cris aigus. Il
restait debout derrière son père, et, la face crispée, la bouche ouverte, il hurlait.

La clameur de son fils exaspéra Parent, l'emplit de courage et de fureur. Il se précipita vers Julie, les deux

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