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Guy de Maupassant - Monsieur Parent et autres histoires courtes
Maintenant, sans se l'avouer, sans le comprendre encore peut-être, ils commençaient à se lasser l'un de l'autre. Ils s'aimaient bien, pourtant; mais ils n'avaient plus rien à se révéler, plus rien à faire qu'ils n'eussent fait souvent, plus rien à apprendre l'un par l'autre, pas même un mot d'amour nouveau, un élan imprévu, une intonation qui fit plus brûlant le verbe connu, si souvent répété.
Ils s'efforçaient, cependant, de rallumer la flamme affaiblie des premières étreintes. Ils imaginaient, chaque jour, des ruses tendres, des gamineries naïves ou compliquées, toute une suite de tentatives désespérées pour faire renaître dans leurs coeurs l'ardeur inapaisable des premiers jours, et dans leurs veines la flamme du mois nuptial.
De temps en temps, à force de fouetter leur désir, ils retrouvaient une heure d'affolement factice que suivait aussitôt une lassitude dégoûtée.
Ils avaient essayé des clairs de lune, des promenades sous les feuilles dans la douceur des soirs, de la poésie des berges baignées de brume, de l'excitation des fêtes publiques.
Or, un matin, Henriette dit à Paul:
- Veux-tu m'emmener dîner au cabaret?
- Mais oui, ma chérie.
- Dans un cabaret très connu.
- Mais oui.
Il la regardait, l'interrogeant de l'oeil, voyant bien qu'elle pensait à quelque chose qu'elle ne voulait pas dire.
Elle reprit:
- Tu sais, dans un cabaret... comment expliquer ça?... dans un cabaret galant... dans un cabaret où on se donne des rendez-vous?
Il sourit: - Oui. Je comprends, dans un cabinet particulier d'un grand café?
- C'est ça. Mais d'un grand café où tu sois connu, où tu aies déjà soupé... non... dîné... enfin tu sais... enfin... je voudrais... non, je n'oserai jamais dire ça?
- Dis-le, ma chérie; entre nous, qu'est-ce que ça fait? Nous n'en sommes pas aux petits secrets.
- Non, je n'oserai pas.
- Voyons, ne fais pas l'innocente. Dis-le?
- Eh bien... eh bien... je voudrais... je voudrais être prise pour ta maîtresse... na... et que les garçons, qui ne savent pas que tu es marié, me regardent comme ta maîtresse, et toi aussi... que tu me croies ta maîtresse, une heure, dans cet endroit-là, où tu dois avoir des souvenirs... Voilà!... Et je croirai moi-même que je suis ta maîtresse.... Je commettrai une grosse faute.... Je te tromperai... avec toi... Voilà!... C'est très vilain.... Mais je voudrais.... Ne me fais pas rougir.... Je sens que je rougis.... Tu ne te figures pas comme ça me... me... troublerait de dîner comme ça avec toi, dans un endroit pas comme il faut... dans un cabinet particulier où on s'aime tous les soirs... tous les soirs.... C'est très vilain.... Je suis
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