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Guy de Maupassant - Monsieur Parent et autres histoires courtes
n'espérait rien de rien et de personne. Pour lui la terre était vide, parce qu'il n'aimait rien sur la terre. Il pouvait courir les peuples ou courir les rues, entrer dans toutes les maisons de Paris, ouvrir toutes les chambres, il ne trouverait, derrière aucune porte, la figure cherchée, chérie, figure de femme ou figure d'enfant, qui sourit en vous apercevant. Et cette idée surtout le travaillait, l'idée de la porte qu'on ouvre pour trouver et embrasser quelqu'un derrière.
Et c'était la faute de ces trois misérables, cela! la faute de cette femme indigne, de cet ami infâme et de ce grand garçon blond qui prenait des airs arrogants.
Il en voulait maintenant à l'enfant autant qu'aux deux autres! N'était-il pas le fils de Limousin? Est-ce que Limousin l'aurait gardé, aimé, sans cela? Est-ce que Limousin n'aurait pas lâché bien vite la mère et le petit s'il n'avait pas su que le petit était à lui, bien à lui? Est-ce qu'on élève les enfants des autres?
Donc, ils étaient là, tout près, ces trois malfaiteurs qui l'avaient tant fait souffrir.
Parent les regardait, s'irritant, s'exaltant au souvenir de toutes ses douleurs, de toutes ses angoisses, de tous ses désespoirs. Il s'exaspérait surtout de leur air placide et satisfait. Il avait envie de les tuer, de leur jeter son siphon d'eau de Seltz, de fendre la tête de Limousin qu'il voyait, à toute seconde, se baisser vers son assiette et se relever aussitôt.
Et ils continueraient à vivre ainsi, sans soucis, sans inquiétudes d'aucune sorte. Non, non. C'en était trop à la fin! Il se vengerait; il allait se venger tout de suite puisqu'il les tenait sous la main. Mais comment? Il cherchait, rêvait des choses effroyables comme il en arrive dans les feuilletons, mais ne trouvait rien de pratique. Et il buvait, coup sur coup, pour s'exciter, pour se donner du courage, pour ne pas laisser échapper une pareille occasion, qu'il ne retrouverait sans doute jamais.
Soudain, il eut une idée, une idée terrible; et il cessa de boire pour la mûrir. Un sourire plissait ses lèvres; il murmurait: «Je les tiens. Je les tiens. Nous allons voir. Nous allons voir.»
Un garçon lui demanda: - Qu'est-ce que Monsieur désire ensuite?
- Rien. Du café et du cognac, du meilleur.
Et il les regardait en sirotant ses petits verres. Il y avait trop de monde dans ce restaurant pour ce qu'il voulait faire: donc il attendrait, il les suivrait; car ils allaient se promener certainement sur la terrasse ou dans la forêt. Quand ils seraient un peu éloignés, il les rejoindrait, et alors il se vengerait, oui, il se vengerait! Il n'était pas trop tôt d'ailleurs, après vingt-trois ans de souffrances. Ah! ils ne soupçonnaient guère ce qui allait leur arriver.
Ils achevaient doucement leur déjeuner, en causant avec sécurité. Parent ne pouvait entendre leurs paroles, mais il voyait leurs gestes calmes. La figure de sa femme, surtout, l'exaspérait. Elle avait pris un air hautain, un air de dévote grasse, de dévote inabordable, cuirassée de principes, blindée de vertu.
Puis, ils payèrent l'addition et se levèrent. Alors il vit Limousin. On eût dit un diplomate en retraite, tant il semblait important avec ses beaux favoris souples et blancs dont les pointes tombaient sur les revers de sa redingote.
Ils sortirent. Georges fumait un cigare et portait son chapeau sur l'oreille. Parent, aussitôt, les suivit.
Ils firent d'abord un tour sur la terrasse et admirèrent le paysage avec placidité, comme admirent les gens
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