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Guy de Maupassant - Monsieur Parent et autres histoires courtes

ma maison, et il semble que tu trouves cela tout naturel.

- Mais non... puisque je l'ai renvoyée.

- Vraiment!... Tu l'as renvoyée!... Mais il fallait la faire arrêter. C'est le commissaire de police qu'on
appelle dans ces cas-là!

Il balbutia: - Mais... ma chère amie... je ne pouvais pourtant pas... il n'y avait point de raison... Vraiment,
il était bien difficile...

Elle haussa les épaules avec un infini dédain.

- Tiens, tu ne seras jamais qu'une loque, un pauvre sire, un pauvre homme sans volonté, sans fermeté,
sans énergie. Ah! elle a dû t'en dire de raides, ta Julie, pour que tu te sois décidé à la mettre dehors.

J'aurais voulu être là une minute, rien qu'une minute.

Ayant ouvert la porte du salon, elle courut à Georges, le releva, le serra dans ses bras en l'embrassant:
«Georget, qu'est-ce que tu as, mon chat, mon mignon, mon poulet?»

Caressé par sa mère, il se tut. Elle répéta:

- Qu'est-ce que tu as?

Il répondit, ayant vu trouble avec ses yeux d'enfant effrayé:

- C'est Zulie qu'a battu papa.

Henriette se retourna vers son mari, stupéfaite d'abord. Puis une folle envie de rire s'éveilla dans son
regard, passa comme un frisson sur ses joues fines, releva sa lèvre, retroussa les ailes de ses narines, et

enfin jaillit de sa bouche en une claire fusée de joie, en une cascade de gaieté, sonore et vive comme une

roulade d'oiseau. Elle répétait, avec de petits cris méchants qui passaient entre ses dents blanches et

déchiraient Parent ainsi que des morsures: «Ah!... ah!... ah!... ah!... elle t'a ba... ba... battu... Ah!,., ah!...

ah!... que c'est drôle... que c'est drôle... Vous entendez, Limousin. Julie l'a battu... battu... Julie a battu

mon mari... Ah!... ah!... ah!... que c'est drôle!...

Parent balbutiait:

- Mais non... mais non... ce n'est pas vrai... ce n'est pas vrai... C'est moi, au contraire, qui l'ai jetée dans la
salle à manger, si fort qu'elle a bouleversé la table. L'enfant a mal vu. C'est moi qui l'ai battue!

Henriette disait à son fils: - Répète, mon poulet. C'est Julie qui a battu papa!

Il répondit: - Oui, c'est Zulie.

Puis, passant soudain à une autre idée, elle reprit: - Mais il n'a pas dîné, cet enfant-là? Tu n'as rien
mangé, mon chéri?

- Non, maman.

Alors elle se retourna, furieuse, vers son mari: - Tu es donc fou, archi-fou! Il est huit heures et demie et
Georges n'a pas dîné!

Il s'excusa, égaré dans cette scène et dans cette explication, écrasé sous cet écroulement de sa vie.

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