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Guy de Maupassant - La Main Gauche
Je sautai du lit et je demandai:
- Où est-elle?
- N'ose pas venir! Là-bas, sous l'arbre! Et de son bras tendu, il me montrait par la fenêtre une tache blanchâtre au pied d'un olivier.
Je me levai et je sortis. Comme j'approchais de ce paquet de linge qui semblait jeté contre le tronc tordu, je reconnus les grands yeux sombres, les étoiles tatouées, la figure longue et régulière de la fille sauvage qui m'avait séduit. A mesure que j'avançais une colère me soulevait, une envie de frapper, de la faire souffrir, de me venger.
Je criai de loin:
- D'où viens-tu?
Elle ne répondit pas et demeurait immobile, inerte, comme si elle ne vivait plus qu'à peine, résignée à mes violences, prête aux coups.
J'étais maintenant debout tout près d'elle, contemplant avec stupeur les haillons qui la couvraient, ces loques de soie et de laine, grises de poussière, déchiquetées, sordides.
Je répétai, la main levée comme sur un chien.
- D'où viens-tu?
Elle murmura:
- De là-bas!
- D'où?
- De la tribu!
- De quelle tribu?
- De la mienne.
- Pourquoi es-tu partie?
Voyant que je ne la battais point, elle s'enhardit un peu, et, à voix basse:
- Il fallait... il fallait... je ne pouvais plus vivre dans la maison.
Je vis des larmes dans ses yeux, et tout de suite, je fus attendri comme une bête. Je me penchai vers elle, et j'aperçus, en me retournant pour m'asseoir, Mohammed qui nous épiait, de loin.
Je repris, très doucement:
- Voyons, dis-moi pourquoi tu es partie?
Alors elle me conta que depuis longtemps déjà elle éprouvait en son coeur de nomade, l'irrésistible envie de retourner sous les tentes, de coucher, de courir, de se rouler sur le sable, d'errer, avec les troupeaux, de plaine en plaine, de ne plus sentir sur sa tête, entre les étoiles jaunes du ciel et les étoiles bleues de sa
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