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Guy de Maupassant - Les Contes de la Bécasse
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Voici le début de cette étonnante oraison:
«Notre bonne madame la Vierge Marie, patronne naturelle des filles-mères en ce pays et par toute la terre, protégez votre servante qui a fauté dans un moment d'oubli.»
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Cette supplique se termine ainsi:
«Ne m'oubliez pas surtout auprès de votre saint Époux et intercédez auprès de Dieu le Père, pour qu'il m'accorde un bon mari semblable au vôtre.»
Cette prière, interdite par le clergé de la contrée, est vendue par lui sous le manteau, et elle passe pour salutaire à celles qui la récitent avec onction.
En somme, il parle de la bonne Vierge, comme faisait de son maître le valet de chambre d'un prince redouté, confident de tous les petits secrets intimes. Il sait sur son compte une foule d'histoires amusantes, qu'il dit tout bas, entre amis, après boire.
Mais vous verrez par vous-même.
Comme les revenus fournis par la Patronne ne lui semblaient point suffisants, il a annexé à la Vierge principale un petit commerce de Saints. Il les tient tous ou presque tous. La place manquant dans la chapelle, il les a emmagasinés au bûcher, d'où il les sort sitôt qu'un fidèle les demande. Il a façonné lui-même ces statuettes de bois, invraisemblablement comiques, et les a peintes toutes en vert à pleine couleur, une année qu'on badigeonnait sa maison. Vous savez que les Saints guérissent les maladies; mais chacun a sa spécialité; et il ne faut pas commettre de confusion ni d'erreurs. Ils sont jaloux les uns des autres comme des cabotins.
Pour ne pas se tromper, les vieilles bonnes femmes viennent consulter Mathieu.
- Pour les maux d'oreilles, qué saint qu'est l'meilleur?
- Mais y a saint Osyme qu'est bon; y a aussi saint Pamphile qu'est pas mauvais.
Ce n'est pas tout.
Comme Mathieu a du temps de reste, il boit; mais il boit en artiste, en convaincu, si bien qu'il est gris régulièrement tous les soirs. Il est gris, mais il le sait; il le sait si bien qu'il note, chaque jour, le degré exact de son ivresse. C'est là sa principale occupation; la chapelle ne vient qu'après.
Et il a inventé, écoutez bien et cramponnez-vous, il a inventé le saoulomètre.
L'instrument n'existe pas, mais les observations de Mathieu sont aussi précises que celles d'un mathématicien.
Vous l'entendez dire sans cesse: - «D'puis lundi, j'ai passé quarante-cinq.»
Ou bien: - «J'étais entre cinquante-deux et cinquante-huit.»
Ou bien: - «J'en avais bien soixante-six à soixante-dix.»
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