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Guy de Maupassant - Les Contes de la Bécasse

Et Joseph répondait invariablement:

- Oh! monsieur le baron ne les manque pas.

A l'automne, au moment des chasses, il invitait, comme à l'ancien temps, ses amis, et il aimait entendre
au loin les détonations. Il les comptait, heureux quand elles se précipitaient. Et, le soir, il exigeait de

chacun le récit fidèle de sa journée.

Et on restait trois heures à table en racontant des coups de fusil.

C'étaient d'étranges et invraisemblables aventures, où se complaisait l'humeur hâbleuse des chasseurs.
Quelques-unes avaient fait date et revenaient régulièrement. L'histoire d'un lapin que le petit vicomte de

Bourril avait manqué dans son vestibule les faisait se tordre chaque année de la même façon. Toutes les

cinq minutes un nouvel orateur prononçait:

- J'entends: «Birr! birr!» et une compagnie magnifique me part à dix pas. J'ajuste: pif! paf! j'en vois
tomber une pluie, une vraie pluie. Il y en avait sept!

Et tous, étonnés, mais réciproquement crédules, s'extasiaient.

Mais il existait dans la maison une vieille coutume, appelée le «conte de la Bécasse».

Au moment du passage de cette reine des gibiers, la même cérémonie recommençait à chaque dîner.

Comme ils adoraient l'incomparable oiseau, on en mangeait tous les soirs un par convive; mais on avait
soin de laisser dans un plat toutes les têtes.

Alors le baron, officiant comme un évêque, se faisait apporter sur une assiette un peu de graisse, oignait
avec soin les têtes précieuses en les tenant par le bout de la mince aiguille qui leur sert le bec. Une

chandelle allumée était posée près de lui, et tout le monde se taisait, dans l'anxiété de l'attente.

Puis il saisissait un des crânes ainsi préparés, le fixait sur une épingle, piquait l'épingle sur un bouchon,
maintenait le tout en équilibre au moyen de petits bâtons croisés comme des balanciers, et plantait

délicatement cet appareil sur un goulot de bouteille en manière de tourniquet.

Tous les convives comptaient ensemble, d'une voix forte:

- Une, - deux, - trois.

Et le baron, d'un coup de doigt, faisait vivement pivoter ce joujou.

Celui des invités que désignait, en s'arrêtant, le long bec pointu devenait maître de toutes les têtes, régal
exquis qui faisait loucher ses voisins.

Il les prenait une à une et les faisait griller sur la chandelle. La graisse crépitait, la peau rissolée fumait, et
l'élu du hasard croquait le crâne suiffé en le tenant par le nez et en poussant des exclamations de plaisir.

Et chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient à sa santé.

Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait, sur l'ordre du baron, conter une histoire pour indemniser
les déshérités.

Voici quelques-uns de ces récits:

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