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George Sand - Trois Contes
Tous, par l'imagination, apercevaient un vieillard sous un vol de corbeaux, la foudre allumant un autel, des pontifes idolâtres jetés aux torrents; et les femmes, dans les tribunes, songeaient à la veuve de Sarepta.
Jacob s'épuisait à redire qu'il le connaissait! Il l'avait vu! et le peuple aussi!
- «Son nom?»
Alors, il cria de toutes ses forces:
- «Iaokanann!»
Antipas se renversa comme frappé en pleine poitrine. Les Sadducéens avaient bondi sur Jacob. Éléazar pérorait, pour se faire écouter.
Quand le silence fut établi, il drapa son manteau, et comme un juge posa des questions.
- «Puisque le prophète est mort....»
Des murmures l'interrompirent. On croyait Élie disparu seulement.
Il s'emporta contre la foule, et, continuant son enquête:
- «Tu penses qu'il est ressuscité?
- «Pourquoi pas?» dit Jacob.
Les Sadducéens haussèrent les épaules; Jonathas, écarquillant ses petits yeux, s'efforçait de rire comme un bouffon. Rien de plus sot que la prétention du corps à la vie éternelle; et il déclama, pour le Proconsul, ce vers d'un poëte contemporain:
Nec crescit, nec post mortem durare videtur.
Mais Aulus était penché au bord du triclinium, le front en sueur, le visage vert, les poings sur l'estomac.
Les Sadducéens feignirent un grand émoi; - le lendemain, la sacrificature leur fut rendue; - Antipas étalait du désespoir; Vitellius demeurait impassible. Ses angoisses étaient pourtant violentes; avec son fils il perdait sa fortune.
Aulus n'avait pas fini de se faire vomir, qu'il voulut remanger.
- «Qu'on me donne de la râpure de marbre, du schiste de Naxos, de l'eau de mer, n'importe quoi! Si je prenais un bain?»
Il croqua de la neige, puis, ayant balancé entre une terrine de Commagène et des merles roses, se décida pour des courges au miel. L'Asiatique le contemplait, cette faculté d'engloutissement dénotant un être prodigieux et d'une race supérieure.
On servit des rognons de taureau, des loirs, des rossignols, des hachis dans des feuilles de pampre; et les prêtres discutaient sur la résurrection. Ammonius, élève de Philon le Platonicien, les jugeait stupides, et le disait à des Grecs qui se moquaient des oracles. Marcellus et Jacob s'étaient joints. Le premier narrait au second le bonheur qu'il avait ressenti sous le baptême de Mithra, et Jacob l'engageait à suivre Jésus. Les vins de palme et de tamaris, ceux de Safet et de Byblos, coulaient des amphores dans les cratères, des
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