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George Sand - Trois Contes

- «Tais-toi!» Et elle redit son humiliation, un jour qu'elle allait vers Galaad, pour la récolte du baume.
Des gens, au bord du fleuve, remettaient leurs habits. Sur un monticule, à côté, un homme parlait. Il avait

une peau de chameau autour des reins, et sa tête ressemblait à celle d'un lion. Dès qu'il m'aperçut, il

cracha sur moi toutes les malédictions des prophètes. Ses prunelles flamboyaient; sa voix rugissait; il

levait les bras, comme pour arracher le tonnerre. Impossible de fuir! les roues de mon char avaient du

sable jusqu'aux essieux; et je m'éloignais lentement, m'abritant sous mon manteau, glacée par ces injures

qui tombaient comme une pluie d'orage.»

Iaokanann l'empêchait de vivre. Quand on l'avait pris et lié avec des cordes, les soldats devaient le
poignarder s'il résistait; il s'était montré doux. On avait mis des serpents dans sa prison; ils étaient morts.

L'inanité de ces embûches exaspérait Hérodias. D'ailleurs, pourquoi sa guerre contre elle? Quel intérêt le
poussait? Ses discours, criés à des foules, s'étaient répandus, circulaient; elle les entendait partout, ils

emplissaient l'air. Contre des légions elle aurait eu de la bravoure. Mais cette force plus pernicieuse que

les glaives, et qu'on ne pouvait saisir, était stupéfiante; et elle parcourait la terrasse, blêmie par sa colère,

manquant de mots pour exprimer ce qui l'étouffait.

Elle songeait aussi que le Tétrarque, cédant à l'opinion, s'aviserait peut-être de la répudier. Alors tout
serait perdu! Depuis son enfance, elle nourrissait le rêve d'un grand empire. C'était pour y atteindre que,

délaissant son premier époux, elle s'était jointe à celui-là, qui l'avait dupée, pensait-elle.

- «J'ai pris un bon soutien, en entrant dans ta famille!»

- «Elle vaut la tienne!» dit simplement le Tétrarque.

Hérodias sentit bouillonner dans ses veines le sang des prêtres et des rois ses aïeux.

- «Mais ton grand-père balayait le temple d'Ascalon! Les autres étaient bergers, bandits, conducteurs de
caravanes, une horde, tributaire de Juda depuis le roi David! Tous mes ancêtres ont battu les tiens! Le

premier des Makkabi vous a chassés d'Hébron, Hyrcan forcés à vous circoncire!» Et, exhalant le mépris

de la patricienne pour le plébéien, la haine de Jacob contre Édom, elle lui reprocha son indifférence aux

outrages, sa mollesse envers les Pharisiens qui le trahissaient, sa lâcheté pour le peuple qui la détestait.

«Tu es comme lui, avoue-le! et tu regrettes la fille arabe qui danse autour des pierres. Reprends-la!

Va-t'en vivre avec elle, dans sa maison de toile! dévore son pain cuit sous la cendre! avale le lait caillé de

ses brebis! baise ses joues bleues! et oublie-moi!»

Le Tétrarque n'écoutait plus. Il regardait la plate-forme d'une maison, où il y avait une jeune fille, et une
vieille femme tenant un parasol à manche de roseau, long comme la ligne d'un pêcheur. Au milieu du

tapis, un grand panier de voyage restait ouvert. Des ceintures, des voiles, des pendeloques d'orfèvrerie en

débordaient confusément. La jeune fille, par intervalles, se penchait vers ces choses, et les secouait à l'air.

Elle était vêtue comme les Romaines, d'une tunique calamistrée avec un péplum à glands d'émeraude; et

des lanières bleues enfermaient sa chevelure, trop lourde, sans doute, car, de temps à autre, elle y portait

la main. L'ombre du parasol se promenait au-dessus d'elle, en la cachant à demi. Antipas aperçut deux ou

trois fois son col délicat, l'angle d'un oeil, le coin d'une petite bouche. Mais il voyait, des hanches à la

nuque, toute sa taille qui s'inclinait pour se redresser d'une manière élastique. Il épiait le retour de ce

mouvement, et sa respiration devenait plus forte; des flammes s'allumaient dans ses yeux. Hérodias

l'observait.

Il demanda: « - Qui est-ce?»

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