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George Sand - Trois Contes

pinçaient en grimaçant, la fouine se roulait sur ses pieds. Un ours, d'un revers de patte, lui enleva son
chapeau; et la panthère, dédaigneusement, laissa tomber une flèche qu'elle portait à sa gueule.

Une ironie perçait dans leurs allures sournoises. Tout en l'observant du coin de leurs prunelles, ils
semblaient méditer un plan de vengeance; et, assourdi par le bourdonnement des insectes, battu par des

queues d'oiseau, suffoqué par des haleines, il marchait les bras tendus et les paupières closes comme un

aveugle, sans même avoir la force de crier «grâce!»

Le chant d'un coq vibra dans l'air. D'autres y répondirent; c'était le jour; et il reconnut, au-delà des
orangers, le faîte de son palais.

Puis, au bord d'un champ, il vit, à trois pas d'intervalle, des perdrix rouges qui voletaient dans les
chaumes. Il dégrafa son manteau, et l'abattit sur elles comme un filet. Quand il les eut découvertes, il n'en

trouva qu'une seule, et morte depuis longtemps, pourrie.

Cette déception l'exaspéra plus que toutes les autres. Sa soif de carnage le reprenait; les bêtes manquant,
il aurait voulu massacrer des hommes.

Il gravit les trois terrasses, enfonça la porte d'un coup de poing; mais, au bas de l'escalier, le souvenir de
sa chère femme détendit son coeur. Elle dormait sans doute, et il allait la surprendre.

Ayant retiré ses sandales, il tourna doucement la serrure, et entra.

Les vitraux garnis de plomb obscurcissaient la pâleur de l'aube. Julien se prit les pieds dans des
vêtements, par terre; un peu plus loin, il heurta une crédence encore chargée de vaisselle. «Sans doute,

elle aura mangé,» se dit-il; et il avançait vers le lit, perdu dans les ténèbres au fond de la chambre. Quand

il fut au bord, afin d'embrasser sa femme, il se pencha sur l'oreiller où les deux têtes reposaient l'une près

de l'autre. Alors, il sentit contre sa bouche l'impression d'une barbe.

Il se recula, croyant devenir fou; mais il revint près du lit, et ses doigts, en palpant, rencontrèrent des
cheveux qui étaient très-longs. Pour se convaincre de son erreur, il repassa lentement sa main sur

l'oreiller. C'était bien une barbe, cette fois, et un homme! un homme couché avec sa femme!

Éclatant d'une colère démesurée, il bondit sur eux à coups de poignard; et il trépignait, écumait, avec des
hurlements de bête fauve. Puis il s'arrêta. Les morts, percés au coeur, n'avaient pas même bougé. Il

écoutait attentivement leurs deux râles presque égaux, et, à mesure qu'ils s'affaiblissaient, un autre, tout

au loin, les continuait. Incertaine d'abord, cette voix plaintive longuement poussée, se rapprochait,

s'enfla, devint cruelle; et il reconnut, terrifié, le bramement du grand cerf noir.

Et comme il se retournait, il crut voir dans l'encadrure de la porte, le fantôme de sa femme, une lumière à
la main.

Le tapage du meurtre l'avait attirée. D'un large coup d'oeil, elle comprit tout, et s'enfuyant d'horreur laissa
tomber son flambeau.

Il le ramassa.

Son père et sa mère étaient devant lui, étendus sur le dos avec un trou dans la poitrine; et leurs visages,
d'une majestueuse douceur, avaient l'air de garder comme un secret éternel. Des éclaboussures et des

flaques de sang s'étalaient au milieu de leur peau blanche, sur les draps du lit, par terre, le long d'un christ

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