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George Sand - Trois Contes

Or l'empereur d'Occitanie, ayant triomphé des Musulmans espagnols, s'était joint par concubinage à la
soeur du calife de Cordoue; et il en conservait une fille, qu'il avait élevée chrétiennement. Mais le calife,

faisant mine de vouloir se convertir, vint lui rendre visite, accompagné d'une escorte nombreuse,

massacra toute sa garnison, et le plongea dans un cul de basse-fosse, où il le traitait durement, afin d'en

extirper des trésors.

Julien accourut à son aide, détruisit l'armée des infidèles, assiégea la ville, tua le calife, coupa sa tête, et
la jeta comme une boule par-dessus les remparts. Puis il tira l'empereur de sa prison, et le fit remonter sur

son trône, en présence de toute sa cour.

L'empereur, pour prix d'un tel service, lui présenta dans des corbeilles beaucoup d'argent; Julien n'en
voulut pas. Croyant qu'il en désirait davantage, il lui offrit les trois quarts de ses richesses; nouveau refus;

puis de partager son royaume; Julien le remercia; et l'empereur en pleurait de dépit, ne sachant de quelle

manière témoigner sa reconnaissance, quand il se frappa le front, dit un mot à l'oreille d'un courtisan; les

rideaux d'une tapisserie se relevèrent, et une jeune fille parut.

Ses grands yeux noirs brillaient comme deux lampes très-douces. Un sourire charmant écartait ses lèvres.
Les anneaux de sa chevelure s'accrochaient aux pierreries de sa robe entr'ouverte; et, sous la transparence

de sa tunique, on devinait la jeunesse de son corps. Elle était toute mignonne et potelée, avec la taille

fine.

Julien fut ébloui d'amour, d'autant plus qu'il avait mené jusqu'alors une vie très-chaste.

Donc il reçut en mariage la fille de l'empereur, avec un château qu'elle tenait de sa mère; et, les noces
étant terminées, on se quitta, après des politesses infinies de part et d'autre.

C'était un palais de marbre blanc, bâti à la moresque, sur un promontoire, dans un bois d'orangers. Des
terrasses de fleurs descendaient jusqu'au bord d'un golfe, où des coquilles roses craquaient sous les pas.

Derrière le château, s'étendait une forêt ayant le dessin d'un éventail. Le ciel continuellement était bleu, et

les arbres se penchaient tour à tour sous la brise de la mer et le vent des montagnes, qui fermaient au loin

l'horizon.

Les chambres, pleines de crépuscule, se trouvaient éclairées par les incrustations des murailles. De hautes
colonnettes, minces comme des roseaux, supportaient la voûte des coupoles, décorées de reliefs imitant

les stalactites des grottes.

Il y avait des jets d'eau dans les salles, des mosaïques dans les cours, des cloisons festonnées, mille
délicatesses d'architecture, et partout un tel silence que l'on entendait le frôlement d'une écharpe ou l'écho

d'un soupir.

Julien ne faisait plus la guerre. Il se reposait, entouré d'un peuple tranquille; et chaque jour, une foule
passait devant lui, avec des génuflexions et des baise-mains à l'orientale.

Vêtu de pourpre, il restait accoudé dans l'embrasure d'une fenêtre, en se rappelant ses chasses d'autrefois;
et il aurait voulu courir sur le désert après les gazelles et les autruches, être caché dans les bambous à

l'affût des léopards, traverser des forêts pleines de rhinocéros, atteindre au sommet des monts les plus

inaccessibles pour viser mieux les aigles, et sur les glaçons de la mer combattre les ours blancs.

Quelquefois, dans un rêve, il se voyait comme notre père Adam au milieu du Paradis, entre toutes les
bêtes; en allongeant le bras, il les faisait mourir; ou bien, elles défilaient, deux à deux, par rang de taille,

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