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George Sand - Trois Contes

brumes du matin s'envolaient.

Il attribua cette vision à la fatigue de sa tête pour avoir trop peu dormi. «Si j'en parle, on se moquera de
moi,» se dit-il. Cependant les splendeurs destinées à son fils l'éblouissaient, bien que la promesse n'en fût

pas claire et qu'il doutât même de l'avoir entendue.

Les époux se cachèrent leur secret. Mais tous deux chérissaient l'enfant d'un pareil amour; et, le
respectant comme marqué de Dieu, ils eurent pour sa personne des égards infinis. Sa couchette était

rembourrée du plus fin duvet; une lampe en forme de colombe brûlait dessus, continuellement; trois

nourrices le berçaient; et, bien serré dans ses langes, la mine rose et les yeux bleus, avec son manteau de

brocart et son béguin chargé de perles, il ressemblait à un petit Jésus. Les dents lui poussèrent sans qu'il

pleurât une seule fois.

Quand il eut sept ans, sa mère lui apprit à chanter. Pour le rendre courageux, son père le hissa sur un gros
cheval. L'enfant souriait d'aise, et ne tarda pas à savoir tout ce qui concerne les destriers.

Un vieux moine très-savant lui enseigna l'Écriture sainte, la numération des Arabes, les lettres latines, et
à faire sur le vélin des peintures mignonnes. Ils travaillaient ensemble, tout en haut d'une tourelle, à

l'écart du bruit.

La leçon terminée, ils descendaient dans le jardin, où, se promenant pas à pas, ils étudiaient les fleurs.

Quelquefois on apercevait, cheminant au fond de la vallée, une file de bêtes de somme, conduites par un
piéton, accoutré à l'orientale. Le châtelain, qui l'avait reconnu pour un marchand, expédiait vers lui un

valet. L'étranger, prenant confiance, se détournait de sa route; et, introduit dans le parloir, il retirait de ses

coffres des pièces de velours et de soie, des orfèvreries, des aromates, des choses singulières d'un usage

inconnu; à la fin le bonhomme s'en allait, avec un gros profit, sans avoir enduré aucune violence.

D'autres fois, une troupe de pèlerins frappait à la porte. Leurs habits mouillés fumaient devant l'âtre; et,

quand ils étaient repus, ils racontaient leurs voyages: les erreurs des nefs sur la mer écumeuse, les

marches à pied dans les sables brûlants, la férocité des païens, les cavernes de la Syrie, la Crèche et le

Sépulcre. Puis ils donnaient au jeune seigneur des coquilles de leur manteau.

Souvent le châtelain festoyait ses vieux compagnons d'armes. Tout en buvant, ils se rappelaient leurs
guerres, les assauts des forteresses avec le battement des machines et les prodigieuses blessures. Julien,

qui les écoutait, en poussait des cris; alors son père ne doutait pas qu'il ne fût plus tard un conquérant.

Mais le soir, au sortir de l'angélus, quand il passait entre les pauvres inclinés, il puisait dans son

escarcelle avec tant de modestie et d'un air si noble, que sa mère comptait bien le voir par la suite

archevêque.

Sa place dans la chapelle était aux côtés de ses parents; et, si longs que fussent les offices, il restait à
genoux sur son prie-Dieu, la toque par terre et les mains jointes.

Un jour, pendant la messe, il aperçut, en relevant la tête, une petite souris blanche qui sortait d'un trou,
dans la muraille. Elle trottina sur la première marche de l'autel, et, après deux ou trois tours de droite et

de gauche, s'enfuit du même côté. Le dimanche suivant, l'idée qu'il pourrait la revoir le troubla. Elle

revint; et, chaque dimanche il l'attendait, en était importuné, fut pris de haine contre elle, et résolut de

s'en défaire.

Ayant donc fermé la porte, et semé sur les marches les miettes d'un gâteau, il se posta devant le trou, une

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