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George Sand - Trois Contes

cette manière dominait le reposoir.

Des guirlandes vertes pendaient sur l'autel, orné d'un falbala en point d'Angleterre, Il y avait au milieu un
petit cadre enfermant des reliques, deux orangers dans les angles, et, tout le long, des flambeaux d'argent

et des vases en porcelaine, d'où s'élançaient des tournesols, des lis, des pivoines, des digitales, des touffes

d'hortensias. Ce monceau de couleurs éclatantes descendait obliquement, du premier étage jusqu'au tapis

se prolongeant sur les pavés; et des choses rares tiraient les yeux. Un sucrier de vermeil avait une

couronne de violettes, des pendeloques en pierres d'Alençon brillaient sur de la mousse, deux écrans

chinois montraient leurs paysages. Loulou, caché sous des roses, ne laissait voir que son front bleu, pareil

à une plaque de lapis.

Les fabriciens, les chantres, les enfants se rangèrent sur les trois côtés de la cour. Le prêtre gravit
lentement les marches, et posa sur la dentelle son grand soleil d'or qui rayonnait. Tous s'agenouillèrent. Il

se fit un grand silence. Et les encensoirs, allant à pleine volée, glissaient sur leurs chaînettes.

Une vapeur d'azur monta dans la chambre de Félicité. Elle avança les narines, en la humant avec une
sensualité mystique; puis ferma les paupières. Ses lèvres souriaient. Les mouvements de son coeur se

ralentirent un peu, plus vagues chaque fois, plus doux, comme une fontaine s'épuise, comme un écho

disparaît; et, quand elle exhala son dernier souffle, elle crut voir, dans les cieux entr'ouverts, un perroquet

gigantesque, planant au-dessus de sa tête.

LA LÉGENDE DE SAINT JULIEN L'HOSPITALIER

I

Le père et la mère de Julien habitaient un château, au milieu des bois, sur la pente d'une colline.

Les quatre tours aux angles avaient des toits pointus recouverts d'écailles de plomb, et la base des murs
s'appuyait sur les quartiers de rocs, qui dévalaient abruptement jusqu'au fond des douves.

Les pavés de la cour étaient nets comme le dallage d'une église. De longues gouttières, figurant des
dragons la gueule en bas, crachaient l'eau des pluies vers la citerne; et sur le bord des fenêtres, à tous les

étages, dans un pot d'argile peinte, un basilic ou un héliotrope s'épanouissait.

Une seconde enceinte, faite de pieux, comprenait d'abord un verger d'arbres à fruits, ensuite un parterre
où des combinaisons de fleurs dessinaient des chiffres, puis une treille avec des berceaux pour prendre le

frais, et un jeu de mail qui servait au divertissement des pages. De l'autre côté se trouvaient le chenil, les

écuries, la boulangerie, le pressoir et les granges. Un pâturage de gazon vert se développait tout autour,

enclos lui-même d'une forte haie d'épines.

On vivait en paix depuis si longtemps que la herse ne s'abaissait plus; les fossés étaient pleins d'eau; des
hirondelles faisaient leur nid dans la fente des créneaux; et l'archer qui tout le long du jour se promenait

sur la courtine, dès que le soleil brillait trop fort rentrait dans l'échauguette, et s'endormait comme un

moine.

À l'intérieur, les ferrures partout reluisaient; des tapisseries dans les chambres protégeaient du froid; et
les armoires regorgeaient de linge, les tonnes de vin s'empilaient dans les celliers, les coffres de chêne

craquaient sous le poids des sacs d'argent.

On voyait dans la salle d'armes, entre des étendards et des mufles de bêtes fauves, des armes de tous les

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