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George Sand - Trois Contes

d'accepter cet oiseau, comme un souvenir, et en témoignage de ses respects.

Il occupait depuis longtemps l'imagination de Félicité, car il venait d'Amérique; et ce mot lui rappelait
Victor, si bien qu'elle s'en informait auprès du nègre. Une fois même elle avait dit: - «C'est Madame qui

serait heureuse de l'avoir!»

Le nègre avait redit le propos à sa maîtresse, qui, ne pouvant l'emmener, s'en débarrassait de cette façon.

IV

Il s'appelait Loulou. Son corps était vert, le bout de ses ailes rose, son front bleu, et sa gorge dorée.

Mais il avait la fatigante manie de mordre son bâton, s'arrachait les plumes, éparpillait ses ordures,
répandait l'eau de sa baignoire; Mme Aubain, qu'il ennuyait, le donna pour toujours à Félicité.

Elle entreprit de l'instruire; bientôt il répéta: «Charmant garçon! Serviteur, monsieur! Je vous salue,
Marie!» Il était placé auprès de la porte, et plusieurs s'étonnaient qu'il ne répondît pas au nom de Jacquot,

puisque tous les perroquets s'appellent Jacquot. On le comparait à une dinde, à une bûche: autant de

coups de poignard pour Félicité! Étrange obstination de Loulou, ne parlant plus du moment qu'on le

regardait!

Néanmoins il recherchait la compagnie; car le dimanche, pendant que ces demoiselles Rochefeuille,
monsieur de Houppeville et de nouveaux habitués: Onfroy l'apothicaire, monsieur Varin et le capitaine

Mathieu, faisaient leur partie de cartes, il cognait les vitres avec ses ailes, et se démenait si furieusement

qu'il était impossible de s'entendre.

La figure de Bourais, sans doute, lui paraissait très-drôle. Dès qu'il l'apercevait, il commençait à rire, à
rire de toutes ses forces. Les éclats de sa voix bondissaient dans la cour, l'écho les répétait, les voisins se

mettaient à leurs fenêtres, riaient aussi; et, pour n'être pas vu du perroquet, M. Bourais se coulait le long

du mur, en dissimulant son profil avec son chapeau, atteignait la rivière, puis entrait par la porte du

jardin; et les regards qu'il envoyait à l'oiseau manquaient de tendresse.

Loulou avait reçu du garçon boucher une chiquenaude, s'étant permis d'enfoncer la tête dans sa corbeille;
et depuis lors il tâchait toujours de le pincer à travers sa chemise. Fabu menaçait de lui tordre le cou, bien

qu'il ne fût pas cruel, malgré le tatouage de ses bras et ses gros favoris. Au contraire! il avait plutôt du

penchant pour le perroquet, jusqu'à vouloir, par humeur joviale, lui apprendre des jurons. Félicité, que

ces manières effrayaient, le plaça dans la cuisine. Sa chaînette fut retirée, et il circulait par la maison.

Quand il descendait l'escalier, il appuyait sur les marches la courbe de son bec, levait la patte droite, puis
la gauche; et elle avait peur qu'une telle gymnastique ne lui causât des étourdissements. Il devint malade,

ne pouvait plus parler ni manger. C'était sous sa langue une épaisseur, comme en ont les poules

quelquefois. Elle le guérit, en arrachant cette pellicule avec ses ongles. M. Paul, un jour, eut l'imprudence

de lui souffler aux narines la fumée d'un cigare; une autre fois que Mme Lormeau l'agaçait du bout de

son ombrelle, il en happa la virole; enfin, il se perdit.

Elle l'avait posé sur l'herbe pour le rafraîchir, s'absenta une minute; et, quand elle revint, plus de
perroquet! D'abord elle le chercha dans les buissons, au bord de l'eau et sur les toits, sans écouter sa

maîtresse qui lui criait: - «Prenez donc garde! vous êtes folle!» Ensuite elle inspecta tous les jardins de

Pont-l'Évêque; et elle arrêtait les passants. - «Vous n'auriez pas vu, quelquefois, par hasard, mon

perroquet?» À ceux qui ne connaissaient pas le perroquet, elle en faisait la description. Tout à coup, elle

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