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George Sand - Un hiver à Majorque

DEUXIÈME PARTIE

I.

Quoique Majorque ait été occupée pendant quatre cents ans par les Maures, elle a gardé peu de traces
réelles de leur séjour. Il ne reste d'eux à Palma qu'une petite salle de bains.

Des Romains, il ne reste rien, et des Carthaginois, quelques débris seulement vers l'ancienne capitale
Alcadia, et la tradition de la naissance d'Annibal, que M. Grasset de Saint-Sauveur attribue à

l'outrecuidance majorquine, quoique ce fait ne soit pas dénué de vraisemblance.[6]

[Note 6: «Les Majorquins prétendent qu'Hamilcar, passant d'Afrique en Catalogne avec sa femme, alors
enceinte, s'arrêta sur une pointe de l'île où était bâti un temple dédié à Lucine, et qu'Annibal naquit en cet

endroit. On trouve ce même conte dans l'Histoire de Majorque, par Dameto.» (Grasset de

Saint-Sauveur.)]

Mais le goût mauresque s'est perpétué dans les moindres constructions, et il était nécessaire que M.
Laurens redressât toutes les erreurs archéologiques de ses devanciers, pour que les voyageurs ignorants

comme moi ne crussent pas retrouver à chaque pas d'authentiques vestiges de l'architecture arabe.

«Je n'ai point vu dans Palma, dit M. Laurens, de maisons dont la date parût fort ancienne. Les plus
intéressantes par leur architecture et leur antiquité appartenaient toutes au commencement du seizième

siècle; mais l'art gracieux et brillant de cette époque ne s'y montre pas sous la même forme qu'en France.

«Ces maisons n'ont au-dessus du rez-de-chaussée qu'un étage et un grenier très bas.[7] L'entrée, dans la
rue, consiste en une porte à plein cintre, sans aucun ornement; mais la dimension et le grand nombre de

pierres disposées en longs rayons lui donnent une grande physionomie. Le jour pénètre dans les grandes

salles du premier étage à travers de hautes fenêtres divisées par des colonnes excessivement effilées, qui

leur donnent une apparence entièrement arabe.

[Note 7: Ce ne sont pas précisément des greniers, mais bien des étendoirs, appelés dans le pays
porchos
.]

«Ce caractère est si prononcé, qu'il m'a fallu examiner plus de vingt maisons construites d'une manière
identique, et les étudier dans toutes les parties de leur construction pour arriver à la certitude que ces

fenêtres n'avaient pas été enlevées à quelques murs de ces palais mauresques, vraiment féeriques, dont

l'Alhambra de Grenade nous reste comme échantillon.

«Je n'ai rencontré qu'à Majorque des colonnes qui, avec une hauteur de six pieds, n'ont qu'un diamètre de
trois pouces. La finesse des marbres dont elles sont faites, le goût du chapiteau qui les surmonte, tout cela

m'avait fait supposer une origine arabe. Quoi qu'il en soit, l'aspect de ces fenêtres est aussi joli

qu'original.

«Le grenier qui constitue l'étage supérieur est une galerie, ou plutôt une suite de fenêtres rapprochées et
copiées exactement sur celles qui forment le couronnement de la Lonja. Enfin, un toit fort

avancé, soutenu par des poutres artistement ciselées, préserve cet étage de la pluie ou du soleil, et produit

des effets piquants de lumière par les longues ombres qu'il projette sur la maison, et par l'opposition de la

masse brune de la charpente avec les tons brillants du ciel.

«L'escalier, travaillé avec un grand goût, est placé dans une cour, au centre de la maison, et séparé de

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