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George Sand - Promenades autour d'un village

a pourtant pas un nuage au ciel.

- Si je la sens? répondit Amyntas. Je le crois bien! Nous sommes pour le moins en Afrique.

- Il serait fort possible, reprit le savant d'un air absorbé, que nous fissions ici quelque rencontre
étonnante!

- Oh! n'ayez pas peur, monsieur! s'écria Moreau, qui crut que notre savant s'attendait à rencontrer tout au
moins quelque lion de l'Atlas. Il n'y a point ici de méchantes bêtes.

Le chemin fit encore un coude, et le village, le vrai village cherché, se présenta magnifiquement éclairé,
sous nos pieds. Il faut arriver là au soleil couchant: chaque chose a son heure pour être belle.

C'est un nid bâti au fond d'un entonnoir de collines rocheuses où se sont glissées des zones de terre
végétale. Au-dessus de ces collines s'étend un second amphithéâtre plus élevé. Ainsi de toutes parts le

vent se brise au-dessus de la vallée, et de faibles souffles ne pénètrent au fond de la gorge que pour lui

donner la fraîcheur nécessaire à la vie. Vingt sources courant dans les plis du rocher, ou surgissant dans

les enclos herbus, entretiennent la beauté de la végétation environnante.

La population est de six à sept cents âmes. Les maisons se groupent autour de l'église, plantée sur le
rocher central, et s'en vont en pente, par des ruelles étroites, jusque vers la lit d'un délicieux petit torrent

dont, à peu de distance, les eaux se perdent encore plus bas dans la Creuse.

C'est un petit chef-d'oeuvre que l'église romano-byzantine. La commission des monuments historiques l'a
fait réparer avec soin. Elle est parfaitement homogène de style au dehors et charmante de proportions.

À l'intérieur, le plein cintre et l'ogive molle se marient agréablement. Les détails sont d'un grand goût et
d'une riche simplicité. On descend par un bel escalier à une crypte qui prend vue sur le ravin et le torrent.

Mais, des curieuses fresques que j'ai vues autrefois dans cette crypte, il ne reste que des fragments épars,
quelques personnages vêtus à la mode de Charles VII et de Louis XI, des scènes religieuses d'une laideur

naïve et d'un sens énigmatique. Ailleurs, quelques anges aux longues ailes effilées, d'un dessin assez

élégant et portant sur la poitrine des écussons effacés. Malgré la sécheresse de la roche, l'humidité dévore

ces précieux vestiges. Quelque source voisine a trouvé assez récemment le moyen de suinter dans le mur

où j'ai encore vu, il y a trente ans, les restes d'une danse macabre extrêmement curieuse. Les personnages

glauques semblaient se mouvoir dans la mousse verdâtre qui envahissait le mur: c'était d'un ton inouï en

peinture et d'un effet saisissant.

Le Christ assis, nimbé entièrement, qui surmonte le maître-autel de la nef supérieure, est d'une époque
plus primitive, contemporaine, je crois, de la construction de l'église. Je l'ai toujours vu aussi frais qu'il

l'est maintenant, et je suppose qu'il avait été, dès lors, restauré par quelque artiste de village, qui lui a

conservé, par instinct, conscience ou tradition, sa naïveté barbare. Tant il y a qu'on jurerait d'une fresque

exécutée d'hier par un de ces peintres gréco-byzantins qui, en l'an 1000, parcouraient nos campagnes et

décoraient nos églises rustiques.

II

Le tombeau de Guillaume de Naillac, seigneur du lieu au XIIIe siècle, représente un personnage couché,
vêtu d'une longue robe, l'aumônière au flanc, la tête appuyée sur un coussin que soutiennent deux

angelots. Sa colossale épée repose près de lui; à ses pieds est le léopard passant de son blason.

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