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George Sand - Nouvelles Lettres d'un Voyageur

se conservent. Il y aurait une sage économie générale à répandre ces connaissances dans notre peuple.
Les riches n'y songent guère, ils ne se contentent pas de se servir exclusivement de chevaux anglais, il

leur faut des cochers et des jockeys d'outre-Manche. Il est vrai qu'on trouverait difficilement aujourd'hui

chez nous des hommes de cheval entendus. A qui la faute?

Pour prouver la nécessité de ces mesures, il suffit de montrer le désordre, l'incurie, et tous les fâcheux
résultats de la concurrence aveugle et inintelligente, l'absence d'encouragements bien entendus, de

dépenses utiles, d'initiative éclairée, et de vues sociales et patriotiques de la part de l'État.

Nous ne prétendons pas que M. d'Aure ait songé à accuser, de notre point de vue, le régime de la
concurrence et à invoquer les solutions sociales qui nous préoccupent; mais, par la force rigoureuse de la

logique qui est au fond de toutes les questions approfondies, ses démonstrations arrivent à prouver la

nécessité de l'initiative sociale dans la question qu'il traite. Si l'on apportait sur toutes les spécialités

possibles des travaux aussi complets et des calculs aussi certains, tous ces travaux d'analyse aboutiraient

à la même conclusion synthétique: à savoir, que la concurrence est destructive de toute industrie, de tout

progrès, de toute richesse nationale, et qu'il faut, pour régler la production et la consommation, que la

sagesse et la prévoyance de l'État interviennent, règlent et dirigent.

V. LA BERTHENOUX

C'est un hameau entre Linières et Issoudun, sur la route de communication qui côtoie le plateau de la
vallée Noire. Une très-jolie église gothique et un vieux château, jadis abbaye fortifiée, aujourd'hui ferme

importante, embellissent cette bourgade, située d'ailleurs dans un paysage agréable; c'est là que se tient

annuellement, dans une prairie d'environ cent boisselées (plus de six hectares), une des foires les plus

importantes du centre de la France. On évalue de douze à treize mille têtes le bétail qui s'y est présenté

cette année: quatre cents paires de boeufs de travail, trois cents génisses et taureaux, denrée que l'on

désigne communément dans le pays sous le nom de jeunesse (un métayer se fait entendre on ne

peut mieux quand il vous dit qu'il va mener sa jeunesse en foire pour s'en défaire); trois cents

vaches, douze cents chevaux, quatre mille bêtes à laine, trois cents chèvres, et une centaine d'ânes.

Ajoutez à cela ces animaux que le paysan méticuleux ne nomme pas sans dire: sauf votre respect,

c'est-à-dire trois mille porcs, qui ont un champ de foire particulier de quatre-vingts boisselées d'étendue,

et vous aurez la moyenne d'un des grands marchés de bestiaux du Berry.

Les marchands forains et les éleveurs s'y rendent de la Creuse, du Nivernais, du Limousin, et même de
l'Auvergne. Les chevaux, comme on a vu, n'y sont pas en grand nombre, et ils sont rarement beaux. Les

vaches laitières sont encore moins nombreuses et plus mauvaises; on ne vend les belles vaches que quand

elles ne peuvent plus faire d'élèves. Ces élèves sont la richesse du pays. Ils deviennent de grands boeufs

de labour qui travaillent chez nous une terre grasse et forte, bien terrible à soulever. Quant à

la jeunesse qu'on a de reste, après que le choix des boeufs de travail est fait, elle est enlevée en

masse par les Marchois, qui l'engraissent ou la brocantent. Quelques bouchers d'Orléans viennent aussi

s'approvisionner à la foire de la Berthenoux. Une belle paire de boeufs assortis se vend aujourd'hui, six

cents francs; la taurinaille ou la jeunesse quatre-vingts francs par tête; les chevaux cent

trente, les vaches cent vingt, les moutons trente, les brebis vingt-cinq, les porcs vingt-cinq, les ânes

vingt-cinq, les chèvres dix, les chevreaux, de quinze à trente sous.

Les principales affaires se traitent entre Berrichons et Marchois. Les premiers ont une réputation de
simplicité dont ils se servent avec beaucoup de finesse. Les seconds ont une réputation de duplicité qui

les fait échouer souvent devant la méfiance des Berrichons.

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