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George Sand - Nouvelles Lettres d'un Voyageur

»Lors commença le paoure Limosin à dire:

» - Vee dicon gentilastre! hau! sainct Marsault, adjouda mu! Hau! hau! laissas a quo au nom de Dious, et
ne me touquas gron[13].

»A quoy, dist Pantagruel:

» - A ceste heure, parles-tu naturellement.

»Et ainsi le laissa; car le paoure Limosin conchioit toutes ses chausses, qui estoyent faictes à queue de
merluz, et non à plain fonds, dont dit Pantagruel:

» - Au diable soit le mascherabe[14]!

»Et le laissa. Mais ce luy fut un tel remordz toute sa vie, et tant feut altéré, qu'il disoit souvent que
Pantagruel le tenoit à la gorge. Et, après quelques années, mourut de la mort Roland, ce faisant la

vengeance divine, et nous demonstrant ce que dict le philosophe, et Aule-Gelle, qu'il nous convient parler

selon le languaige usité. Et, comme disait Octavia Auguste, qu'il fault eviter les mots espaves[15] en

pareille diligence que les patrons de navire evitent lers rochiers de mer.»

[Note 13: «Eh! dites donc, mon gentilhomme... O saint Martial secourez-moi! oh! oh! laissez-moi, au
nom de Dieu, ne me touchez pas.»]

[Note 14: «Mangeur de raves.»]

[Note 15: «Inusités.»]

Je vous demande mille pardons, monsieur le rédacteur, d'avoir interrompu vos travaux; mais vous
m'excuserez. J'aime la jeunesse et je ne désire rien tant que de la voir suivre la bonne voie en littérature

comme en toute chose. Je crois qu'il est inutile d'en dire davantage.

A bon entendeur, salut.

Agréez mes salutations cordiales.

III. LA PRINCESSE

ANNA CZARTORYSKA

Il y a en France environ cinq mille cinq cents émigrés polonais. De ce nombre, cinq cents vivent sans
subsides, des débris de leur fortune. Trois mille travaillent, et, sans distinction de rang, comme, hélas!

sans distinction de forces physiques, se livrent aux professions les plus pénibles. Les proscrits ne se

plaignent pas et ne demandent rien. Loin de se croire humiliés, ils portent noblement la misère qui est le

partage des durs travaux. Ils remuent la terre sur les grandes routes, ils font mouvoir des machines dans

les manufactures. Les fils des compagnons de Jean Sobieski ne sont plus soldats, ils sont ouvriers pour ne

pas être mendiants sur une terre étrangère. Quatre cent cinquante autres émigrés suivent l'enseignement

de nos savants dans différentes écoles.

Mais il reste environ onze cents personnes, vieillards, femmes et enfants, accablées par les infirmités, la
misère et le désespoir. Le temps, loin d'adoucir cet amer regret de la patrie, semble avoir rendu plus

profond encore le découragement des victimes. Le chiffre des exilés morts en 1832 est de onze

seulement, et cette année il s'élève à soixante-quatorze. A mesure que les rangs s'éclaircissent, la misère

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