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George Sand - Jean Ziska

dont nous sommes absolument résolus de ne pas nous départir, non plus que de nos droits, constitutions,
privilèges et bonnes coutumes, etc.»

[Note 28: C'était un trésor public dont le roi ne pouvait disposer qu'en faveur des pauvres.]

Il paraît que cette pièce a en latin un cachet de grandeur ou, pour mieux dire, de grandesse
imposante qui montre ce que la haute seigneurie de Bohème avait été jadis, plutôt que ce qu'elle était

désormais. Ces grands qui invoquaient leurs antiques privilèges, et qui faisaient consister l'honneur de la

patrie dans leurs joyaux et dans leurs parchemins, ne voyaient pas par où ils étaient sérieusement

menacés; et en disputant à l'empereur les franchises de la nation, ils ne sentaient pas que la nation,

désabusée de tout prestige, n'était plus là pour les leur faire reconquérir au prix de son sang. Le peuple

voulait ces franchises pour lui-même, et non plus seulement pour ces grands et pour ces monastères qu'il

écrasait et dévastait pour son propre compte. Le peuple voulait faire partie de ce corps respectable qu'on

appelait le royaume; et la haute noblesse, en ne donnant pas sincèrement les mains à son admission, ne

faisait, en bravant l'empereur, qu'une inutile provocation. Il eût fallu opter. Elle crut pouvoir se soutenir

par elle-même contre l'ennemi du dehors et contre celui du dedans. Les Taborites et les Picards

protestèrent tout bas; et au jour du danger, les nobles ne purent recouvrer leurs privilèges qu'en

s'humiliant et en s'avilissant sous les pieds de l'empereur.

Sigismond répondit encore une fois qu'il était innocent de la mort de Jean Huss et de Jérôme de Prague,
et que son intercession en faveur de la Bohème lui avait valu au concile des choses fort dures à

digérer; que ce n'était pas la Bohème en elle-même qui avait été flétrie et condamnée, mais de

mauvaises gens
qui avaient pillé, brûlé, etc.; en d'autres termes, que la noblesse n'avait pas été
compromise dans la proscription et pouvait se réhabiliter, grâce à lui; mais que ces mauvaises gens,

c'est-à-dire le peuple et ses apôtres, devaient être châtiés et déshonorés à la face du monde. L'empereur

prétendait n'avoir emporté la couronne, les titres, les joyaux et les reliques que pour les soustraire aux

outrages; que d'ailleurs ces mêmes grands qui lui reprochaient cette action comme un vol, l'y avaient

autorisé eux-mêmes, de leurs conseils et de leurs sceaux. Il comptait remettre à l'arbitrage des princes

ses voisins et ses amis
les désordres et les dommages dont on l'accusait en Bohème. Il concluait en
promettant à la grandesse une augmentation de privilèges, en reprochant avec amertume au peuple la

destruction de Wisrhad, des temples augustes et des belles églises de Prague, et en le menaçant de la

colère de ses amis, c'est-à-dire de l'invasion étrangère, s'il ne respectait l'église de Saint-Weit et la

forteresse de Saint-Wenceslas.

Pendant qu'on parlementait ainsi, Sigismond, comptant toujours sur ses armées, fit entrer en Bohème
vingt mille Silésiens qui massacraient hommes et femmes, coupaient les pieds, les mains et le nez aux

enfants. Aussi lâches que féroces, ils prirent la fuite sur la seule nouvelle que Ziska marchait contre eux.

Les paysans et les troupes taborites des villes voisines, s'étant rassemblés à la hâte, voulurent les

poursuivre jusqu'en Silésie. Mais le seigneur Czinko de Wartemberg, celui que le moine Jean avait déjà

désigné comme un traître, entra en composition avec les ennemis, et défendit à ses gens d'incommoder

leur retraite. Ambroise, curé calixtin de Graditz, souleva le peuple contre Czinko; et les paysans l'auraient

assommé avec leurs fléaux ferrés, s'il ne se fût retiré au plus vite. Ambroise écrivit à Prague pour

l'accuser de trahison, et vraisemblablement le Prémontré se hâta de prêcher contre lui. Il est probable

qu'on eût pu conquérir la Silésie sans la défection de ce Wartemberg. Mais les grands justifièrent leur

collègue, et le juste-milieu passa condamnation.

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