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George Sand - Jean Ziska

les Hussites modérés ne voulaient point sortir. Depuis cette époque, il demeura calixtin, et se fit toujours
dire les offices selon les missels et administrer la communion par un prêtre calixtin, qui ne le

quittait pas et qui officiait auprès de sa personne en habits sacerdotaux. Rien n'était plus opposé aux idées

et aux sympathies des Taborites; et cependant, soit qu'il mît un art infini à leur faire accepter cette

conduite, soit qu'ils sentissent le besoin de ce chef invincible, ils n'avaient point murmuré. Peut-être aussi

étaient-ils trop divisés en fait de principe pour former une sédition de quelque importance. Mais, à

mesure que l'adhésion des villes et le progrès de leur propagande leur donnèrent de l'assurance, un

élément de révolte se manifesta dans leurs rangs. Les historiens ont presque tous donné indifféremment

le nom de Picards à la secte qui s'était introduite au sein du taborisme, vers l'année 1417. Le moine

Prémontré Jean en était un des plus ardents apôtres, et nous verrons bientôt qu'il essaya d'ébranler le

pouvoir illimité du redoutable aveugle.

Ziska, sentant qu'un ferment de discorde s'était introduit parmi les siens, résolut de le combattre
énergiquement. La capitulation de Cuttemberg n'avait pas été observée très-fidèlement par les Taborites

de Prague; on avait maltraité plusieurs catholiques, en dépit de la loi jurée. A Sedlitz, dans le district

Czaslaw, Ziska voulut épargner les bâtiments d'un superbe monastère, et défendit à ses gens de

l'endommager en aucune façon. Cependant un d'entre eux y mit le feu durant la nuit. Ziska procéda,

dit-on, pour découvrir et châtier cette désobéissance, avec sa ruse et sa cruauté accoutumées. Il feignit

d'approuver l'incendie et de vouloir récompenser l'une bonne somme d'argent celui qui viendrait s'en

vanter à lui. Le coupable se nomma. Ziska lui compta l'argent, et le lui fit avaler fondu; ensuite il décréta

de fortes peines contre ceux qui mettraient désormais le feu sans son ordre. On peut croire, d'après cette

mesure, qu'en plus d'une occasion ses intentions de vengeance à l'égard des vaincus avaient été

outrepassées, et qu'il n'avait pas toujours été aussi obéi qu'il avait voulu le paraître. Cependant il se

borna, pour cette fois, à faire périr à Tabor quelques-uns de ces Picards qui murmuraient contre lui; et,

entraînant ses Taborites dans une nouvelle course, il leur fit ou leur laissa détruire encore plus de trente

monastères. Enfin, réuni à ceux de Prague, il prit Jaromir avec beaucoup de peine, et la traita fort

durement, parce que ses habitants avaient déclaré vouloir se rendre aux Calixtins de Prague, et non à lui.

Pendant ce temps, Jean le Prémontré détruisait aussi des monastères: à Prague, il dispersa violemment la
communauté des religieuses de Saint-Georges, qu'on avait épargnées jusque-là parce qu'elles étaient

toutes filles de qualité. Ailleurs, il brûla les couvents et les moines. Dans un autre couvent de femmes, à

Brux, sept nonnes ayant été massacrées au pied de l'autel, la légende rapporte que la statue de la Vierge

détourna la tête, et que l'enfant Jésus, qu'elle portait dans son giron, lui mit le doigt dans la bouche.

Enfin la ville de Boleslaw se rendit à ceux de Prague, et le seigneur catholique Jean de Michalovitz, à qui
l'on enleva dans le même temps une bonne forteresse, fut repoussé avec perte, après avoir tenté de

reprendre Boleslaw.

X.

Tant de succès firent ouvrir les yeux au parti catholique sur l'importance et la force de la révolution. Un
moment vint où, n'espérant plus la conjurer, il résolut de l'accepter, afin de n'être point brisé par elle.

Sigismond ne pouvait inspirer d'affection à personne: il avait mécontenté tous ses amis. Les Rosemberg

furent des premiers à l'abandonner, et une diète générale fut assemblée à Czaslaw, où presque toute la

noblesse déclara qu'elle se détachait du parti de l'empereur. Quant à la religion, les Hussites, qui

voulaient des gages, eurent bon marché de ces consciences si orthodoxes, et leur firent accepter leur

quatre articles calixtins sans difficulté. Mais à ces quatre articles ils en ajoutaient un cinquième, qui

portait l'engagement de ne reconnaître pour roi que l'élu de la diète nationale. Les villes de la Moravie, à

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