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George Sand - Jean Ziska

premières luttes.

VI.

Les habitants des villes de Prague s'intitulaient, pour la plupart, Calixtins; à Rome on les appelait
par dérision Hussites clochants, parce qu'ils avaient abandonné Jean Huss en plusieurs choses ; à

Tabor on les appelait faux Hussites, parce qu'ils se tenaient à la lettre de Jean Huss et de Wickieff

plus qu'à l'esprit de leur prédication. Quant à eux, Calixtins, ils s'intitulaient Hussites purs. En

1420 ils avaient formulé leur doctrine en quatre articles: 1° la communion sous les deux espèces;

la libre prédication de la parole de Dieu; 3° la punition des péchés publics; la confiscation

des biens du clergé
et l'abrogation de tous ses pouvoirs et privilèges[23].

[Note 23: Ces quatre articles étaient une profession plus politique que religieuse. Les trois articles relatifs
en apparence à la religion ne sont qu'une attaque de lui contre le pouvoir temporel et la richesse du

clergé. Celui qui reclame la punition des péchés publics ne tend qu'à remettre les causes

judiciaires et la répression des attaques contre la société nationale aux mains de magistrats élus par la

nation, et non aux délègues en prince de de l'Eglise.]

Ils envoyèrent une députation à Tabor pour aviser aux moyens de se débarrasser de la reine qui, avec
quelques troupes, tenait encore le Petit-Côté de Prague. On a conservé textuellement la réponse

des Taborites à cette députation. «Nous vous plaignons de n'avoir pas la liberté de communier sous les

deux espèces, parce que vous êtes commandés par deux forteresses. Si vous voulez sincèrement accepter

notre secours, nous irons les démolir, nous abolirons le gouvernement monarchique, et nous ferons de la

Bohème une république.» Il me semble qu'il ne faut pas commenter longuement cette réponse pour voir

que le rétablissement de la coupe n'était pas une vaine subtilité, ni le stupide engouement d'un fanatisme

barbare, comme on le croit communément, mais le signe et la formule d'une révolution fondamentale

dans la société constituée.

La proposition fut acceptée. Le fort de Wishrad fut emporté d'assaut. De là, commandés par Ziska, les
Praguois et les Taborites allèrent assiéger le Petit-Côté. Il y avait peu de temps qu'on faisait usage

en Bohème des bombardes. Les assiégés portaient, à l'aide de ces machines de guerre, la terreur dans les

rangs des Hussites. Mais les Taborites avaient appris à compter sur leurs bras et sur leur audace. Ils

forcèrent le pont qui était défendu par un fort appelé la Maison de Saxe (Saxen Hausen) et posèrent le

siège, au milieu de la nuit, devant le fort de Saint-Wenceslas. La reine prit la fuite. Un renfort

d'Impériaux, qui était arrivé secrètement, défendit la forteresse. Le combat fut acharné. Les Hussites

étaient maîtres de toute la ville; encore un peu, et la dernière force de Sigismond dans Prague, le fort de

Saint Wenceslas, allait lui échapper. Mais les grands du royaume intervinrent, et, usant de leur ascendant

accoutumé sur les Hussites de Prague, les firent consentir à une trêve de quatre mois. Il fut convenu que

pendant cet armistice les cultes seraient libres de part et d'autre, le clergé e les propriétés respectés, enfin

que Ziska restituerai Pilsen et ses autres conquêtes.

Ziska quitta la ville avec ses Taborites, résolu à ne point observer ce traité insensé. Le sénat de Prague
reprit ses fonctions; mais les catholiques qui s'étaient enfuis durant le combat n'osèrent rentrer,

craignant la haine du peuple
: Sigismond écrivit des menaces; Ziska reprit ses courses et ses ravages
dans les provinces.

La reine ayant rejoint son beau-frère Sigismond à Brunn en Moravie, ils convoquèrent une diète des
prélats et des seigneurs, et écrivirent aux Praguois de venir traiter. La noblesse morave avait reçu

l'empereur avec acclamations. Les députés hussites arrivèrent et communiérent ostensiblement sous les

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