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George Sand - Jean Ziska

les balayait aux murailles des réfectoires. Malheureusement, la vengeance ne se bornait pas là. Les
moines et les religieuses étaient traités comme les statues de leurs saints, et livrés à toutes les tortures, à

toutes les ignominies. Nous passerons rapidement sur ces détails, qui font frissonner. En l'année 1419, les

Taborites détruisirent, seulement à Prague, quatorze de ces communautés. Ils n'épargnèrent que celle des

Bénédictins esclavons, qui se déclara pour la doctrine de Jean Huss, et dont l'abbé alla au-devant d'eux

leur offrir la communion sous les deux espèces. Ils la reçurent chargés et entourés de leurs arcs,

hallebardes, massues, scorpions et catapultes
. Ces Bénédictins étaient de ceux qui avaient obtenu,
sous Charles IV, le privilège de dire les offices en langue slave, ce qui était un acheminement vers le

schisme; et, comme la fondation de leur maison était contemporaine de celle de l'Université de Prague,

on peut croire qu'ils avaient toujours penché vers ces mêmes idées d'indépendance et de réforme. Ils

n'avaient certainement pas trempé dans les accusations que le clergé de Bohème porta contre Jean Huss

et Jérôme au concile de Constance; car on ne fit grâce à aucun de ceux-là, et jamais supplice ne fut vengé

avec autant d'éclat que celui de ces deux hommes illustres.

[Note 20: M. Lenfant Histoire du Concile de Bâle.]

V.

Les seigneurs de Rosemberg avaient embrassé le hussitisme avec ferveur, et l'un d'eux s'était montré
ardent à venger le supplice de Jean Huss. Mais ses promesses échouèrent devant les séductions de

Sigismond. Il devint l'ennemi le plus haï et le plus méprisé des Taborites, et, dès le commencement de

1420, Ziska tomba du haut de son Tabor, comme un torrent des montagnes, sur la ville d'Aust, qui était

située presque sous ses pieds, et qui appartenait à Rosemberg. On était au carnaval, et après ces soirées

de débauche, les habitants dormaient si profondément, qu'ils furent pris et massacrés en sursaut.

Tous furent passés au fil de l'épée. Leurs maisons rasées disparurent du sol. Ce nid de papistes offusquait

la vue de Ziska. Il en fit un champ de blé.

Ulric de Rosemberg, proche parent de celui-là, et que les historiens du temps appellent de Roses
(Rosensis), resta attaché encore quelque temps au parti de Jean Ziska. Nous prenons note de lui

pour qu'on ne le confonde pas avec le premier, qui fut assommé à coups de fléaux par les Taborites, puis

coupé par morceaux et jeté au feu.

Ziska détruisit et massacra encore, au commencement de cette année 1420, une douzaine de
communautés religieuses. Coranda l'accompagnait dans ces farouches expéditions. Hyneck Krussina,

homme de tête et de main
, imitant le zèle de Ziska, réunit, sur une montagne de Cuttemberg qu'il
baptisa Oreb, des troupes de paysans qui prirent le nom d'Orébites. Les Taborites et les Orébites

fraternisèrent dans les combats et communièrent ensemble sur les champs de bataille. En cas de danger,

ils convinrent de se donner toujours avis et de se secourir mutuellement. En attendant la guerre du

dehors, qui était imminente, ils se tinrent en haleine en détruisant ces moines que Ziska appelait les

ennemis domestiques.

Au milieu de ces événements, Ziska devint aveugle. Comme il assiégeait la forteresse de Raby, il monta
sur un arbre afin de voir et d'encourager ses gens. Une bombarde, en passant près de lui et en fracassant

les branches, lui fit sauter un petit éclat de bois dans l'oeil, le seul qui lui restât. La forteresse n'en fut pas

moins emportée d'assaut et réduite en cendres; puis Ziska alla se faire panser à Prague, et peu de temps

après il rentra en campagne, privé entièrement et à jamais de la vue.

Il ne faut pas croire que cette guerre aux moines fut sans fatigues et sans dangers. Presque tous ces
monastères étaient fortifiés; et les abbés, quand ils ne pouvaient pas compter sur leurs vassaux,

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