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George Sand - Jean Ziska

d'apoplexie. Pendant qu'il écoulait les offres d'accommodement de ses conseillers lesquels étaient,
comme tous les ordres du royaume, divisés d'opinion pour et contre la doctrine, son grand échanson

s'avisa de dire qu'il avait bien prévu tout cela. Cette parole irrita tellement le roi, qu'il le prit par

les cheveux, le jeta par terre, et allait le poignarder, lorsque ses gens réussirent à le désarmer. Il tomba

dans leurs bras, frappé de congestion cérébrale; dix-huit jours après, il mourut en jetant de grands cris

et rugissant comme un lion.

Tous les historiens du temps représentent cet empereur comme un Sardanapale, un
Thersite
et un Copronime. Ils l'accusent d'avoir souillé les fonts baptismaux et l'autel sur
lequel il fut couronné, étant enfant, présage de l'impureté de sa vie et de l'ignominie de son règne. «On

peut dire de lui ce que Salluste dit de beaucoup de gens, qu'ils sont adonnés à leur ventre et au sommeil;

dont le corps est esclave de la volupté, à qui l'âme est à charge et dont on ne peut pas plus estimer

la vie que la mort[18].» On prétend qu'un de ses cuisiniers lui ayant refusé à manger, sans doute par ordre

du médecin, il le fit embrocher et rôtir; qu'il aimait passionnément son chien, parce qu'il mordait

tout le monde; qu'il avait toujours un bourreau à ses côtés et qu'il l'appelait son compère, ayant tenu son

enfant sur les fonts du baptême. Il fit jeter dans la rivière un docteur en théologie, pour avoir dit qu'il

n'y a de vrai roi que celui qui règne bien.

[Note 18: Cochlée.]

Cette belle parole de Jean de Népomuck (car c'est de lui certainement qu'il s'agit ici), et plusieurs autres
aperçus de son caractère, m'ont fait croire que, s'il eût vécu jusqu'à l'époque de la prédication et du procès

de Jean Huss, il eût embrassé sa doctrine et partagé son sort. Sa canonisation n'eut lieu qu'au

dix-septième siècle, et ce fut sans doute pour l'université du Prague une de ces politesses que l'Église

adresse de temps en temps à certains ordres ou à certains corps pour leur faire sa cour. On sait comment

fut débattue et octroyée la canonisation de saint François d'Assises, le grand hérétique du joannisme et le

véritable auteur de toutes les sectes qui se rattachent au paupérisme de l'Évangile éternel. A quoi

tiennent dans le ciel les entrées de faveur!

Wenceslas mourut sans enfants. On dit qu'il avait été frappé de stérilité par les enchantements et le
poison. Il ne fut regretté de personne. Les catholiques l'avaient vu trembler et faiblir devant les menaces

des hussites. Ceux-ci savaient qu'il avait fait tout dernièrement la liste de ceux d'entre eux qu'il voulait

faire mourir, et qu'en feignant de les favoriser, il ne cessait d'écrire à son frère Sigismond pour qu'il vint

le tirer de leurs mains. Il était donc, avec sa peur et sa paresse, le principal brandon de la guerre civile;

car tandis qu'il laissait égorger les magistrats de Prague et ouvrait les temples catholiques aux sectaires, il

appelait Sigismond et livrait aux Allemands les hussites des provinces.

Son cadavre subit l'expiation du supplice de Népomucène, à laquelle il avait échappé durant sa vie.
Inhumé dans la basilique de la cour royale où était la sépulture des rois de Bohème, il fut déterré peu de

temps après et jeté dans la Moldaw par les taborites. Mais comme une singulière destinée lui avait

toujours fait trouver son salut dans l'eau, il fut repêché et reconnu par un marchand de poisson qui lui

avait été attaché comme fournisseur. Le royal cadavre fut caché dans la maison du pécheur, et revendu,

par la suite, à sa famille pour vingt ducats d'or.

La mort de Wenceslas fut suivie d'un long interrègne, durant lequel le terrible et vaillant borgne de Tabor
fut de fait l'unique souverain de la Bohème.

IV.

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