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George Sand - Jean Ziska

Prague en chantant des hymnes de victoire, et ils y furent joyeusement reçus par leurs frères. À cette
occasion, Ziska écrivit une fort belle lettre ceux de Tauss[17], dans le district de Pilsen. Nous la

rapporterons, parce que ces pièces précieuses nous font connaître les caractères historiques mieux que

toutes les déclamations des écrivains. On a retrouvé celle-ci en 1541, dans la maison de ville de Prague.

[Note 17: Tauss, Taus, Tausch, Tysia ou Tusia, c'est la même ville, ou du moins le même nom. Il est
impossible de trouver dans les historiens anciens un nom, même des plus importants, sur lesquels ils

s'accordent. Il paraît qu'aujourd'hui encore l'orthographe germanisée des noms bohèmes n'offre guère

plus de certitude. Je ne me pique d'une d'aucune exactitude pour ces noms sur lesquels rien n'a dû

m'éclairer suffisamment. On sait l'indifférence de nos historiens français des derniers siècles, et le

sans-gêne des corruptions de la basse-latinité du moyen âge pour les noms étrangers. Je croirais

cependant que le véritable nom ancien de Tauss est Tusia, à cause d'une anecdote consignée dans

plusieurs livres à ce sujet. La tradition rapporte qu'en 974 l'empereur Othon 1er, obligeant Boleslaws,

prince de Bohême, à tenir une chaudière sur le feu pour avoir commis un fratricide, et ce prince voulant

s'asseoir, l'empereur lui cria: Tu sta. La légende peut être fausse, mais elle est ancienne, et le jeu

de mots porte sur un nom qui était accepté alors. Cette dissertation pédante est la seule que je me

permettrai: on me la pardonnera. J'avais placé le château fantastique de Riesenburg près de Tauss, dans le

roman de Consuelo.]

«_Au vaillant capitaine et à toute la ville de Tista. - Mes très-chers frères, Dieu veuille par sa grâce, que
vous reveniez à votre première charité, et que, faisant de bonnes oeuvres, comme de vrais enfants de

Dieu, vous persistiez en sa crainte. S'il vous a châtiés et punis, je vous prie en son nom, de ne vous pas

laisser abattre par l'affliction. Ayez donc égard à ceux qui travaillent pour la foi et qui souffrent

persécution de la part de nos adversaires, surtout de la part des Allemands, dont vous avez éprouvé

l'extrême méchanceté à cause du nom de J.-C. Imitez les anciens Bohémiens, vos ancêtres, qui étaient

toujours en état de défendre la cause de Dieu et la leur propre. Pour nous, mes frères, ayant toujours

devant les yeux la loi de Dieu et le bien de la république, nous devons être fort vigilants, et il faut que

quiconque est capable de manier un couteau, de jeter une pierre et de porter un levier (une barre, une

massue
), se tienne prêt à marcher. C'est pourquoi, T. C. F., je vous donne avis que nous assemblons
de tous côtés des troupes pour combattre les ennemis de la vérité et les destructeurs de notre nation; et je

vous prie instamment d'avertir votre prédicateur d'exhorter le peuple dans ses sermons à la guerre contre

l'Antéchrist. Et que tout le monde, jeunes et vieux, s'y dispose. Je souhaite que, quand je serai chez vous,

il ne manque ni pain, ni bière, ni aliments, ni pâturages, et que vous fassiez provision de bonnes armes.

C'est le temps de s'armer non-seulement contre ceux du dehors, mais aussi contre les ennemis

domestiques. Souvenez-vous de votre premier combat, où vous n'étiez que peu contre beaucoup de

monde, et sans armes contre des gens bien armés. La main de Dieu n'est pas raccourcie; ayez bon

courage et tenez-vous prêts. Dieu vous fortifie. - Ziska du Calice, par la divine espérance, chef des

taborites. »

III.

Ziska ne commandait jusque-là que de pauvres gens du peuple. Il les exerça au métier des armes dans
lequel il était consommé, et en fit d'excellents soldats. Sa forteresse de Tabor se construisait rapidement.

Protégée par des rochers escarpés et par deux torrents qui en faisaient une péninsule, elle fut défendue en

outre par des fossés profonds et des murailles si épaisses, qu'elles pouvaient braver toutes les machines

de guerre, des tours et des remparts savamment disposés et construits avec une force cyclopéenne. Il se

procura bientôt de la cavalerie, en enlevant par surprise un poste où Sigismond avait envoyé mille

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