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George Sand - Jean Ziska

brusquement de l'Église; elle ne peut que la miner sourdement, l'ébranler quelquefois par l'explosion des
menaces populaires, être ensuite sa dupe, son jouet, sa victime, et finir par le martyre pour renaître de ses

propres cendres, s'agiter encore, s'engourdir dans la constitution avortée du luthérianisme, et se fondre

enfin dans la philosophie française du dix-huitième siècle. Vous savez le reste de son histoire, je vous en

ai indiqué la trace. Elle revit aujourd'hui en partie dans la grande insurrection permanente des Chartistes,

et en partie dans les associations profondes et indestructibles du communisme. Ces communistes, ce sont

les Vaudois, les pauvres de Lyon ou léonistes qui faisaient dès le douzième siècle le métier de canuts et

l'office de gardiens du feu sacré de l'Évangile. Les chartistes, ce sont les wickléfistes qui, au quatorzième

siècle remuaient l'Angleterre et forçaient Henri V à interrompre plusieurs fois la conquête de la France.

Si je cherchais bien, je trouverais quelque part les Hussites; et quant aux Taborites et aux Picards, et

même aux Adamites, j'ai la main dessus, mais je ne suis pas obligé de les désigner. Le petit nombre de

ces derniers dans le passé et dans le présent ne leur laisse que peu d'importance. Ils ne sont point destinés

à en avoir jamais. Leur idée est excessive, délirante, et comme les convulsions de la démence, elle est un

symptôme de mort plus que de guérison. Ces surexcitations de l'enthousiasme sont destinées à

disparaître. Je ne les indique ici que parce qu'elles jouent un rôle dans la guerre des hussites, et qu'il sera

bon de faire leur part quand j'aurai à montrer leur action.

Maintenant, si le sujet vous intéresse, cherchez dans les livres d'histoire le récit des grandes insurrections
des pastoureaux, des vaudois, des beggards, des fratricelles, des lolhards, des wickléfistes, des turlupins,

etc. Je ne me charge de vous raconter que celles des hussites et des taborites qui n'en font qu'une.

L'histoire de toutes ces sectes et d'une quantité d'autres que je ne vous nomme pas, n'en forme qu'une non

plus, quoi qu'en puissent dire les érudits qui ont voulu faire de si grandes distinctions entre elles[10].

C'est l'histoire du Joannisme, c'est-à-dire l'interprétation et l'application de l'Évangile fraternel et

égalitaire de saint Jean. C'est la doctrine de l'Évangile éternelle ou de la religion du

Saint-Esprit
, qui remplit tout le moyen âge et qui est la clef de toutes ses convulsions, de tous ses
mystères. Trouvez-moi une autre clef pour ouvrir tous les problèmes du temps présent, sinon

permettez-moi de commencer mon récit; car il ressemble beaucoup jusqu'ici à celui du caporal Trimm,

qui s'appelait précisément l'Histoire des sept châteaux du roi de Bohême.

[Note 10: Les rivalités et les inimitiés de ces sectes entre elles ne prouvent qu'une vérité banale; c'est qu'il
est fort difficile de s'entendre sur les moyens de réaliser une grande entreprise; mais le même but, la

même idée est au fond de toutes.]

II.

Nous avons justement laissé le roi de Bohème, Wenceslas l'ivrogne, dans un de ses châteaux (c'était je
crois, celui de Tocznik), tandis que Jean Huss, le jeune recteur de l'université de Prague,

traduisait en bohémien les livres de Wicklef, et prêchait le wickléfisme. Le wickléfisme était une des

nombreuses formes qu'avait prises la doctrine de l'Évangile éternel, la grande hérésie lancée dans

le monde depuis plusieurs siècles, et formulée par l'abbé Joachim de Flore, en 1250. Wicklef était mort,

mais le wickléfisme survivait à son apôtre, et les adeptes, sous le nom de Lollards, préparaient

une grande insurrection, se fiant peut-être aux relations, et l'on dit même aux engagements que, soit

curiosité, soit enthousiasme, Henri V avait contractés avec eux dans les années orageuses de sa jeunesse.

Ils cherchèrent des sympathies chez les autres peuples, et y répandirent mystérieusement leur doctrine,

s'adressant aux hommes les plus remarquables, suivant l'usage de ces temps de persécutions. Ou prétend

que Jean Huss repoussa d'abord avec horreur la pensée de l'hérésie, mais qu'il fut séduit par deux jeunes

gens arrivés d'Angleterre, sous prétexte de prendre ses leçons. On raconte même à ce sujet une anecdote

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