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George Sand - Isidora

puisque l'enseignement, le développement, est refusé à son intelligence, et que le coeur seul vit en lui.

Examinons ces rapports profonds et délicats qui me frappent, et qui peuvent me conduire à une solution.

Les voies incidentes sont parfois les plus directes. Recherchons d'abord.

CAHIER N° 2. - JOURNAL.

29.

- J'ai été interrompu ce matin par une scène douloureuse et que j'avais trop prévue. Le vieillard, dont une
cloison me sépare, a été sommé, pour la dernière fois, de payer son terme arriéré de deux mois, et la voix

discordante de la portière m'a tiré de mes rêveries pour me rejeter dans la vie d'émotion. Ce vieux

malheureux demandait grâce.

Il a des neveux assez riches, dit-il, et qui ne le négligeront pas toujours. Il leur a écrit. Ils sont en
province, bien loin; mais ils répondront, et il paiera si on lui et donne le temps.

Sans avoir de neveux, je suis dans une position analogue. Le notaire qui touche mon mince revenu de
campagne m'oublie et me néglige. Il ne le ferait pas si j'étais un meilleur client, si j'avais trente mille

livres de rente. Heureusement pour moi, mon loyer n'est pas arriéré; mais je me trouve dans

l'impossibilité maintenant de payer celui de mon vieux voisin. J'ai offert d'être sa caution; mais la

malheureuse portière, cette triste et laide madame Germain, que la nécessité condamne à faire de sa

servitude une tyrannie, a jeté un regard de pitié sur mes pauvres meubles, dont maintes fois elle a dressé

l'inventaire dans sa pensée; et d'une voix âpre, avec un regard où la défiance semblait chercher à étouffer

un reste de pitié, elle m'a répondu que je n'avais pas un mobilier à répondre pour deux, et qu'il lui était

interdit d'accepter la caution des locataires du cinquième les uns pour les autres. Alors, touché de la

situation de mon voisin, j'ai écrit au propriétaire un billet dont j'attache ici le brouillon avec une épingle.

«Madame,

«Il y a dans votre maison de la rue de ***, n° 4, un pauvre homme qui paie quatre-vingts francs de loyer,
et qu'on va mettre dehors parce que son paiement est arriéré de deux mois. Vous êtes riche, soyez

pitoyable; ne permettez pas qu'on jette sur le pavé un homme de soixante-quinze ans, presque aveugle,

qui ne peut plus travailler, et qui ne peut même pas être admis à un hospice de vieillards, faute d'argent et

de recommandation. Ou prenez-le sous votre protection (les riches ont toujours de l'influence), et faites-le

admettre à l'hôpital, ou accordez-lui son logement. Si vous ne voulez pas, acceptez ma caution pour lui.

Je ne suis pas riche non plus, mais je suis assuré de pouvoir acquitter sa dette dans quelque temps. Je suis

un honnête homme; ayez un peu de confiance, si ce n'est un peu de générosité.»

«JACQUES LAURENT.»

CAHIER N° 1. - TRAVAIL.

Un être qui ne vivrait que par le sentiment, et chez qui l'intelligence serait totalement inculte, totalement
inactive, serait, à coup sûr, un être incomplet. Beaucoup de femmes sont probablement dans ce cas. Mais

n'est-il pas beaucoup d'hommes en qui le travail du cerveau a totalement atrophié les facultés aimantes?

La plupart des savants, ou seulement des hommes adonnés à des professions purement lucratives, à la

chicane, à la politique ambitieuse, beaucoup d'artistes, de gens de lettres, ne sont-ils pas dans le même

cas? Ce sont des êtres incomplets, et, j'ose le dire, le plus fâcheusement, le plus dangereusement

incomplets de tous! Or donc, l'induction des pédants, qui concluent de l'inaction sociale apparente de la

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