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George Sand - Consuelo, 3

histoire: mais dans tous ces margraves, il n'y en eut pas un seul pour la princesse de Culmbach. Sa mère
promit à un gentilhomme de la chambre de son époux, nommé Vobser, une récompense de quatre mille

ducats pour déshonorer sa fille; et elle introduisit elle-même ce misérable la nuit dans la chambre de la

princesse. Ses domestiques étaient avertis et gagnés, le palais fut sourd aux cris de la jeune fille, la mère

tenait la porte... O Consuelo! tu frémis, et pourtant ce n'est pas tout. La princesse de Culmbach devint

mère de deux jumeaux: la margrave les prit dans ses mains, les porta à son époux, les promena dans son

palais, les montra à toute sa valetaille, en criant: «Voyez, voyez les enfants que cette dévergondée vient

de mettre au monde!» Et au milieu de cette scène affreuse, les deux jumeaux périrent presque dans les

mains de la margrave. Vobser eut l'imprudence d'écrire au margrave pour réclamer les quatre mille

ducats que la margrave lui avait promis. Il les avait gagnés, il avait déshonoré la princesse. Le

malheureux père, à demi imbécile déjà, le devint tout à fait dans cette catastrophe, et mourut de

saisissement et de chagrin quelque temps après. Vobser, menacé par les autres membres de la famille,

prit la fuite. La reine de Pologne ordonna que la princesse de Culmbach serait enfermée à la forteresse de

Plassenbourg. Elle y entra, à peine relevée de ses couches, y passa plusieurs années dans une rigoureuse

captivité, et y serait encore, si des prêtres catholiques, s'étant introduits dans sa prison, ne lui eussent

promis la protection de l'impératrice Amélie, à condition qu'elle abjurerait la foi luthérienne. Elle céda à

leurs insinuations et au besoin de recouvrer sa liberté; mais elle ne fut élargie qu'à la mort de la reine de

Pologne; le premier usage qu'elle fit de son indépendance fut de revenir à la religion de ses pères. La

jeune margrave de Bareith, Wilhelmine de Prusse, l'accueillit avec aménité dans sa petite cour. Elle s'y

est fait aimer et respecter par ses vertus, sa douceur et sa sagesse. C'est une âme brisée, mais c'est encore

une belle âme, et quoiqu'elle ne soit point vue favorablement à la cour de Vienne à cause de son

luthéranisme, personne n'ose insulter à son malheur; personne ne peut médire de sa vie, pas même les

laquais. Elle est ici en passant pour je ne sais quelle affaire; elle réside ordinairement à Bareith.

- Voilà pourquoi, reprit Consuelo, elle m'a tant parlé de ce pays-là, et tant engagée à y aller. Oh! Quelle
histoire! Joseph! et quelle femme que la comtesse Hoditz! Jamais, non jamais le Porpora ne me traînera

plus chez elle: jamais je ne chanterai plus pour elle!

- Et pourtant vous y pourriez rencontrer les femmes les plus pures et les plus respectables de la cour. Le
monde marche ainsi, à ce qu'on assure. Le nom et la richesse couvrent tout, et, pourvu qu'on aille à

l'église, on trouve ici une admirable tolérance.

- Cette cour de Vienne est donc bien hypocrite? dit Consuelo.

- Je crains, entre nous soit dit, répondit Joseph en baissant la voix, que notre grande Marie-Thérèse ne le
soit un peu.»

LXXXVIII.

Peu de jours après, le Porpora ayant beaucoup remué, beaucoup intrigué à sa manière, c'est-à-dire en
menaçant, en grondant ou en raillant à droite et à gauche, Consuelo, conduite à la chapelle impériale par

maître Reuter (l'ancien maître et l'ancien ennemi du jeune Haydn), chanta devant Marie-Thérèse la partie

de Judith, dans l' oratorio: Betulia liberata, poëme de Métastase, musique de ce même Reuter.

Consuelo fut magnifique, et Marie-Thérèse daigna être satisfaite. Quand le sacré concert fut terminé,

Consuelo fut invitée, avec les autres chanteurs (Caffariello était du nombre), à passer dans une des salles

du palais, pour faire une collation présidée par Reuter. Elle était à peine assise entre ce maître et le

Porpora, qu'un bruit, à la fois, rapide et solennel, partant de la galerie voisine, fit tressaillir tous les

convives, excepté Consuelo et Caffariello, qui s'étaient engagés dans une discussion animée sur le

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