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George Sand - Consuelo, 2

descendait d'abord en pente douce, et puis de plus en plus rapidement. L'infortunée s'était trompée de
chemin. Dans son empressement et dans la vapeur épaisse qui s'exhalait du fond de la citerne, elle n'avait

pas vu une seconde ogive, beaucoup plus large, et située vis-à-vis de celle qu'elle avait prise. Elle s'était

enfoncée dans le canal qui servait de déversoir à l'eau du puits, au lieu de remonter celui qui conduisait

au réservoir ou à la source. Zdenko, s'en allant par une route opposée, venait de lever tranquillement la

pelle; l'eau tombait en cascade au fond de la citerne, et déjà la citerne était remplie jusqu'à la hauteur du

déversoir; déjà elle se précipitait dans la galerie où Consuelo fuyait éperdue et glacée d'épouvante.

Bientôt cette galerie, dont la dimension était ménagée de manière à ce que la citerne, perdant moins d'eau

qu'elle n'en recevait de l'autre bouche, put se remplir, allait se remplir à son tour. Dans un instant, dans un

clin d'oeil, le déversoir serait inondé, et la pente continuait à s'abaisser vers des abîmes où l'eau tendait à

se précipiter. La voûte, encore suintante, annonçait assez que l'eau la remplissait tout entière, qu'il n'y

avait pas de salut possible, et que la vitesse de ses pas ne sauverait pas la malheureuse fugitive de

l'impétuosité du torrent. L'air était déjà intercepté par la masse d'eau qui arrivait à grand bruit. Une

chaleur étouffante arrêtait la respiration, et suspendait la vie autant que la peur et le désespoir. Déjà le

rugissement de l'onde déchaînée grondait aux oreilles de Consuelo; déjà une écume rousse, sinistre

avant-coureur du flot, ruisselait sur le pavé, et devançait la course incertaine et ralentie de la victime

consternée.

XLI.

«O ma mère, s'écria-t-elle, ouvre-moi tes bras! O Anzoleto, je t'ai aimé! O mon Dieu, dédommage-moi
dans une vie meilleure!».

A peine avait-elle jeté vers le ciel ce cri d'agonie, qu'elle trébuche et se frappe à un obstacle inattendu. O
surprise! ô bonté divine! c'est un escalier étroit et raide, qui monte à l'une des parois du souterrain, et

qu'elle gravit avec les ailes de la peur et de l'espérance. La voûte s'élève sur son front; le torrent se

précipite, heurte l'escalier que Consuelo a eu le temps de franchir, en dévore les dix premières marches,

mouille jusqu'à la cheville les pieds agiles qui le fuient, et, parvenu enfin au sommet de la voûte

surbaissée que Consuelo a laissée derrière elle, s'engouffre dans les ténèbres, et tombe avec un fracas

épouvantable dans un réservoir profond que l'héroïque enfant domine d'une petite plate-forme où elle est

arrivée sur ses genoux et dans l'obscurité.

Car son flambeau s'est éteint. Un coup de vent furieux a précédé l'irruption de la masse d'eau. Consuelo
s'est laissée tomber sur la dernière marche, soutenue jusque-là par l'instinct conservateur de la vie, mais

ignorant encore si elle est sauvée, si ce fracas de la cataracte est un nouveau désastre qui va l'atteindre, et

si cette pluie froide qui en rejaillit jusqu'à elle, et qui baigne ses cheveux, est la main glacée de la mort

qui s'étend sur sa tête.

Cependant le réservoir se remplit peu à peu, jusqu'à d'autres déversoirs plus profonds, qui emportent
encore au loin dans les entrailles de la terre le courant de la source abondante. Le bruit diminue; les

vapeurs se dissipent; un murmure sonore, mais plus harmonieux qu'effrayant, se répand dans les

cavernes. D'une main convulsive, Consuelo est parvenue à rallumer son flambeau. Son coeur frappe

encore violemment sa poitrine; mais son courage s'est ranimé. A genoux, elle remercie Dieu et sa mère.

Elle examine enfin le lieu où elle se trouve, et promène la clarté vacillante de sa lanterne sur les objets

environnants.

Une vaste grotte creusée par la nature sert de voûte à un abîme que la source lointaine du Schreckenstein
alimente, et où elle se perd dans les entrailles du rocher. Cet abîme est si profond qu'on ne voit plus l'eau

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