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George Sand - Consuelo, 2

poings liés, mourant, ensanglanté, et un bâillon dans la bouche. Allez le délivrer; cela convient à de
nobles coeurs comme les vôtres!

- Vive Dieu, cet enfant est fort gentil! s'écria le baron, et je vois, cher comte, que nous n'avons pas perdu
notre temps à l'écouter. C'est peut-être un brave gentilhomme que nous allons tirer des mains de ces

bandits.

- Vous dites qu'ils sont là? reprit le comte en montrant le bois.

- Oui, dit Joseph; mais ils sont dispersés, et si vos seigneuries veulent bien écouter mon humble avis,
elles diviseront l'attaque. Elles monteront la côte dans leur voiture, aussi vite que possible, et, après avoir

tourné la colline, elles trouveront à la hauteur du bois que voici, et tout à l'entrée, sur la lisière opposée, la

voiture où est le prisonnier, tandis que je conduirai messieurs les cavaliers directement par la traverse.

Les bandits ne sont que trois; ils sont bien armés; mais, se voyant pris des deux côtés à la fois, ils ne

feront pas de résistance.

- L'avis est bon, dit le baron. Comte, restez dans la voiture, et faites-vous accompagner de votre
domestique. Je prends son cheval. Un de ces enfants vous servira de guide pour savoir en quel lieu il faut

vous arrêter. Moi, j'emmène celui-ci avec mon chasseur. Hâtons-nous; car si nos brigands ont l'éveil,

comme il est probable, ils prendront les devants.

- La voiture ne peut vous échapper, observa Consuelo; leur cheval est sur les dents.»

Le baron sauta sur celui du domestique du comte, et ce domestique monta derrière la voiture.

«Passez, dit le comte à Consuelo, en la faisant entrer la première, sans se rendre compte à lui-même de ce
mouvement de déférence. Il s'assit pourtant dans le fond, et elle resta sur le devant. Penché à la portière

pendant que les postillons prenaient le grand galop, il suivait de l'oeil son compagnon qui traversait le

ruisseau à cheval, suivi de son homme d'escorte, lequel avait pris Joseph en croupe pour passer l'eau.

Consuelo n'était pas sans inquiétude pour son pauvre camarade, exposé au premier feu; mais elle le

voyait avec estime et approbation courir avec ardeur à ce poste périlleux. Elle le vit remonter la colline,

suivi des cavaliers qui éperonnaient vigoureusement leurs montures, puis disparaître sous le bois. Deux

coups de feu se firent entendre, puis un troisième.... La berline tournait le monticule. Consuelo, ne

pouvant rien savoir, éleva son âme à Dieu; et le comte, agité d'une sollicitude analogue pour son noble

compagnon, cria en jurant aux postillons:

«Mais forcez donc le galop, canailles! ventre à terre!...»

LXXII.

Le signor Pistola, auquel nous ne pouvons donner d'autre nom que celui dont Consuelo l'avait
gratifié, car nous ne l'avons pas trouvé assez intéressant de sa personne pour faire des recherches à cet

égard, avait vu, du lieu où il était caché, la berline s'arrêter aux cris des fugitifs. L'autre anonyme, que

nous appelons aussi, comme Consuelo, le Silencieux, avait fait, du haut de la colline, la même

observation et la même réflexion; il avait couru rejoindre Mayer, et tous deux songeaient aux moyens de

se sauver. Avant que le baron eût traversé le ruisseau, Pistola avait gagné du chemin, et s'était déjà tapi

dans le bois. Il les laissa passer, et leur tira par derrière deux coups de pistolet, dont l'un perça le chapeau

du baron, et l'autre blessa le cheval du domestique assez légèrement. Le baron tourna bride, l'aperçut, et,

courant sur lui, l'étendit par terre d'un coup de pistolet. Puis il le laissa se rouler dans les épines en jurant,

et suivit Joseph qui arriva à la voiture de M. Mayer presque en même temps que celle du comte. Ce

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