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George Sand - Consuelo, 2

«Elle est pure, dit-il; elle veut m'aimer. Elle sent que mon amour est vrai et ma foi inébranlable. Dieu la
sauvera du danger. Acceptons cette promesse, mon père, et restons tranquilles. Ne craignez pas pour moi;

je serai plus fort que ma douleur, et je commanderai aux inquiétudes si elles s'emparent de moi.

- Mon fils, dit le vieillard attendri, nous voici devant l'image du Dieu de tes pères. Tu as accepté d'autres
croyances, et je ne te les ai jamais reprochées avec amertume, tu le sais, quoique mon coeur en ait bien

souffert. Je vais me prosterner devant l'effigie de ce Dieu sur laquelle je t'ai promis, dans la nuit qui a

précédé celle-ci, de faire tout ce qui dépendrait de moi pour que ton amour fût écouté et sanctifié par un

noeud respectable. J'ai tenu ma promesse, et je te la renouvelle. Je vais encore prier pour que le

Tout-Puissant exauce tes voeux, et les miens ne contrediront pas ma demande. Ne te joindras-tu pas à

moi dans cette heure solennelle qui décidera peut-être dans les cieux des destinées de ton amour sur la

terre? O toi, mon noble enfant, à qui l'Éternel a conservé toutes les vertus, malgré les épreuves qu'il a

laissé subir à ta foi première! toi que j'ai vu, dans ton enfance, agenouillé à mes côtés sur la tombe de ta

mère, et priant comme un jeune ange ce maître souverain dont tu ne doutais pas alors! refuseras-tu

aujourd'hui d'élever ta voix vers lui, pour que la mienne ne soit pas inutile?

- Mon père, répondit Albert en pressant le vieillard dans ses bras, si notre foi diffère quant à la forme et
aux dogmes, nos âmes restent toujours d'accord sur un principe éternel et divin. Vous servez un Dieu de

sagesse et de bonté, un idéal de perfection, de science, et de justice, que je n'ai jamais cessé d'adorer. - O

divin crucifié, dit-il en s'agenouillant auprès de son père devant l'image de Jésus; toi que les hommes

adorent comme le Verbe, et que je révère comme la plus noble et la plus pure manifestation de l'amour

universel parmi nous! entends ma prière, toi dont la pensée vit éternellement en Dieu et en nous! Bénis

les instincts justes et les intentions droites! Plains la perversité qui triomphe, et soutiens l'innocence qui

combat! Qu'il en soit de mon bonheur ce que Dieu voudra! Mais, ô Dieu humain! que ton influence

dirige et anime les coeurs qui n'ont d'autre force et d'autre consolation que ton passage et ton exemple sur

la terre!»

LXIII.

Anzoleto poursuivait sa route vers Prague en pure perte; car aussitôt après avoir donné à son guide les
instructions trompeuses qu'elle jugeait nécessaires au succès de son entreprise, Consuelo avait pris, sur la

gauche, un chemin qu'elle connaissait, pour avoir accompagné deux fois en voiture la baronne Amélie à

un château voisin de la petite ville de Tauss. Ce château était le but le plus éloigné des rares courses

qu'elle avait eu occasion de faire durant son séjour à Riesenburg. Aussi l'aspect de ces parages et la

direction des routes qui les traversaient, s'étaient-ils présentés naturellement à sa mémoire, lorsqu'elle

avait conçu et réalisé à la hâte le téméraire projet de sa fuite. Elle se rappelait qu'en la promenant sur la

terrasse de ce château, la dame qui l'habitait lui avait dit, tout en lui faisant admirer la vaste étendue des

terres qu'on découvrait au loin: Ce beau chemin planté que vous voyez là-bas, et qui se perd à l'horizon,

va rejoindre la route du Midi, et c'est par là que nous nous rendons à Vienne. Consuelo, avec cette

indication et ce souvenir précis, était donc certaine de ne pas s'égarer, et de regagner à une certaine

distance la route par laquelle elle était venue en Bohême. Elle atteignit le château de Biola, longea les

cours du parc, retrouva sans peine, malgré l'obscurité, le chemin planté; et avant le jour elle avait réussi à

mettre entre elle et le point dont elle voulait s'éloigner une distance de trois lieues environ à vol d'oiseau.

Jeune, forte, et habituée dès l'enfance à de longues marches, soutenue d'ailleurs par une volonté

audacieuse, elle vit poindre le jour sans éprouver beaucoup de fatigue. Le ciel était serein, les chemins

secs, et couverts d'un sable assez doux aux pieds. Le galop du cheval, auquel elle n'était point habituée,

l'avait un peu brisée; mais on sait que la marche, en pareil cas, est meilleure que le repos, et que, pour les

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