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George Sand - Consuelo, 1

Porpora et à Consuelo. Il fallut que, pendant la psalmodie des officiants, elle allât recevoir, dans la
tribune du comte, les éloges et les remerciements de Marcello. Elle le trouva encore si ému qu'il pouvait

à peine lui parler.

«Ma fille, lui dit-il d'une voix entrecoupée, reçois les actions de grâce et les bénédictions d'un mourant.
Tu viens de me faire oublier en un instant des années de souffrance mortelle. Il me semble qu'un miracle

s'est opéré en moi, et que ce mal incessant, épouvantable, s'est dissipé pour toujours au son de ta voix. Si

les anges de là-haut chantent comme toi, j'aspire à quitter la terre pour aller goûter une éternité des

délices que tu viens de me faire connaître. Sois donc bénie, enfant, et que ton bonheur en ce monde

réponde à tes mérites. J'ai entendu la Faustina, la Romanina, la Cuzzoni, toutes les plus grandes

cantatrices de l'univers; elles ne te vont pas à la cheville. Il t'est réservé de faire entendre au monde ce

que le monde n'a jamais entendu, et de lui faire sentir ce que nul homme n'a jamais senti.»

La Consuelo, anéantie et comme brisée sous cet éloge magnifique, courba la tête, mit presque un genou
en terre, et sans pouvoir dire un mot, porta à ses lèvres la main livide de l'illustre moribond; mais en se

relevant, elle laissa tomber sur Anzoleto un regard qui semblait lui dire: Ingrat, tu ne m'avais pas

devinée!

XI.

Durant le reste de l'office, Consuelo déploya une énergie et des ressources qui répondirent à toutes les
objections qu'eût pu faire encore le comte Zustiniani. Elle conduisit, soutint et anima les choeurs, faisant

tour à tour chaque partie et montrant ainsi l'étendue prodigieuse et les qualités diverses de sa voix, plus la

force inépuisable de ses poumons, ou pour mieux dire la perfection de sa science; car qui sait chanter ne

se fatigue pas, et Consuelo chantait avec aussi peu d'effort et de travail que les autres respirent. On

entendait le timbre clair et plein de sa voix par-dessus les cent voix de ses compagnes, non qu'elle criât

comme font les chanteurs sans âme et sans souffle, mais parce que son timbre était d'une pureté

irréprochable et son accent d'une netteté parfaite. En outre elle sentait et elle comprenait jusqu'à la

moindre intention de la musique qu'elle exprimait. Elle seule, en un mot, était une musicienne et un

maître, au milieu de ce troupeau d'intelligences vulgaires, de voix fraîches et de volontés molles. Elle

remplissait donc instinctivement et sans ostentation son rôle de puissance; et tant que les chants durèrent,

elle imposa naturellement sa domination qu'on sentait nécessaire. Après qu'ils eurent cessé, les choristes

lui en firent intérieurement un grief et un crime; et telle qui, en se sentant faiblir, l'avait interrogée et

comme implorée du regard, s'attribua tous les éloges qui furent donnés en masse à l'école du Porpora. A

ces éloges, le maître souriait sans rien dire; mais il regardait Consuelo, et Anzoleto comprenait fort bien.

Après le salut et la bénédiction, les choristes prirent part à une collation friande que leur fit servir le
comte dans un des parloirs du couvent. La grille séparait deux grandes tables en forme de demi-lune,

mises en regard l'une de l'autre; une ouverture, mesurée sur la dimension d'un immense pâté, était

ménagée au centre du grillage pour faire passer les plats, que le comte présentait lui-même avec grâce

aux principales religieuses et aux élèves. Celles-ci, vêtues en béguines, venaient par douzaines s'asseoir

alternativement aux places vacantes dans l'intérieur du cloître. La supérieure, assise tout près de la grille,

se trouvait ainsi à la droite du comte placé dans la salle extérieure. Mais à la gauche de Zustiniani, une

place restait vacante; Marcello, Porpora, le curé de la paroisse, les principaux prêtres qui avaient officié à

la cérémonie, quelques patriciens dilettanti et administrateurs laïques de la Scuola; enfin le bel Anzoleto,

avec son habit noir et l'épée au côté, remplissaient la table des séculiers. Les jeunes chanteuses étaient

fort animées ordinairement en pareille occasion; le plaisir de la gourmandise, celui de converser avec des

hommes, l'envie de plaire ou d'être tout au moins remarquées, leur donnaient beaucoup de babil et de

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