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George Sand - Consuelo, 1

l'effet ordinaire de la précipitation. La fièvre est bonne, mais la conscience de l'artiste a besoin de passer
en revue, à tête reposée, avant de les raconter tout haut, les songes qui ont charmé sa divagation libre et

solitaire.

Je me suis donc presque toujours abstenue depuis d'agir avec cette complaisance mal entendue pour les
autres et pour soi, et mes amis se sont aperçus d'une seconde manière, plus sobre et mieux digérée, dont

je m'étais fait la promesse à moi-même, en courant à travers champs après la voyageuse

Consuelo
. Je sentais là un beau sujet, des types puissants, une époque et des pays semés d'accidents
historiques, dont le côté intime était précieux à explorer; et j'avais regret de ne pouvoir reprendre mon

itinéraire et choisir mes étapes, à mesure que j'avançais au hasard, toujours frappée et tentée par des

horizons nouveaux.

Il y a dans Consuelo et dans La Comtesse de Rudolstadt, des matériaux pour trois ou
quatre bons romans. Le défaut, c'est d'avoir entassé trop de richesses brutes dans un seul. Ces richesses

me venaient à foison dans les lectures dont j'accompagnais mon travail. Il y avait là plus d'une mine à

explorer, et je ne pouvais résister au désir de puiser un peu dans chacune, au risque de ne pas classer bien

sagement mes conquêtes.

Tel qu'il est, l'ouvrage a de l'intérêt et, contre ma coutume quand il s'agit de mes ouvrages, j'en conseille
la lecture. On y apprendra beaucoup de choses qui ne sont pas nouvelles pour les gens instruits, mais qui,

par leur rapprochement, jettent une certaine lumière sur les préoccupations et, par conséquent, sur l'esprit

du siècle de Marie-Thérèse et de Frédéric II, de Voltaire et de Cagliostro: siècle étrange, qui commence

par des chansons, se développe dans des conspirations bizarres, et aboutit, par des idées profondes, à des

révolutions formidables!

Que l'on fasse bon marché de l'intrigue et de l'invraisemblance de certaines situations; que l'on regarde
autour de ces gens et de ces aventures de ma fantaisie, on verra un monde où je n'ai rien inventé, un

monde qui existé et qui a été beaucoup plus fantastique que mes personnages et leurs vicissitudes: de

sorte que je pourrais dire que ce qu'il y a de plus impossible dans mon livre, est précisément ce qui s'est

passé dans la réalité des choses.

GEORGE SAND.

Nohant, 15 septembre 1854.

CONSUELO

I.

«Oui, oui, Mesdemoiselles, hochez la tête tant qu'il vous plaira; la plus sage et la meilleure d'entre vous,
c'est ... Mais je ne veux pas le dire; car c'est la seule de ma classe qui ait de la modestie, et je craindrais,

en la nommant, de lui faire perdre à l'instant même cette rare vertu que je vous souhaite....

- In nomine Patris, et Filii, et Spiritu Sancto, chanta la Costanza d'un air effronté.

- Amen, chantèrent en choeur toutes les autres petites filles.

- Vilain méchant! dit la Clorinda en faisant une jolie moue, et en donnant un petit coup du manche de son
éventail sur les doigts osseux et ridés que le maître de chant laissait dormir allongés sur le clavier muet

de l'orgue.

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