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George Sand - Consuelo, 1

XXXVII.
XXXVIII.
XXXIX.

 

NOTICE

Ce long roman de Consuelo, suivi de la Comtesse de Rudolstadt et accompagné, lors de
sa publication dans la Revue indépendante, de deux notices sur Jean Ziska et Procope

le Grand
, forme un tout assez important comme appréciation et résumé de moeurs historiques. Le
roman n'est pas bien conduit. Il va souvent un peu à l'aventure, a-t-on dit; il manque de proportion. C'est

l'opinion de mes amis, et je la crois fondée. Ce défaut, qui ne consiste pas dans un décousu, mais

dans une sinuosité exagérée d'événements, a été l'effet de mon infirmité ordinaire: l'absence de

plan. Je le corrige ordinairement beaucoup quand l'ouvrage, terminé, est entier dans mes mains. Mais la

grande consommation de livres nouveaux qui s'est faite de 1835 à 1845 particulièrement, la concurrence

des journaux et des revues, l'avidité des lecteurs, complice de celle des éditeurs, ce furent là des causes

de production rapide et de publication pour ainsi dire forcée, Je m'intéressais vivement au succès de

la Revue indépendante, fondée par mes amis Pierre Leroux et Louis Viardot, continuée par mes

amis Ferdinand François et Pernet. J'avais commencé Consuelo avec le projet de ne faire qu'une

nouvelle. Ce commencement plut, et on m'engagea à le développer, en me faisant pressentir tout ce que

le dix-huitième siècle offrait d'intérêt sous le rapport de l'art, de la philosophie et du merveilleux, trois

éléments produits par ce siècle d'une façon très-hétérogène en apparence, et dont le lien était cependant

curieux et piquant à établir sans trop de fantaisie.

Dès lors, j'avançai dans mon sujet, au jour le jour, lisant beaucoup et produisant aussitôt, pour chaque
numéro de la Revue (car on me priait de ne pas m'interrompre), un fragment assez considérable.

Je sentais bien que cette manière de travailler n'était pas normale et offrait de grands dangers; ce n'était
pas la première fois que je m'y étais laissé entraîner; mais, dans un ouvrage d'aussi longue haleine et

appuyé sur tant de réalités historiques, l'entreprise était téméraire. La première condition d'un ouvrage

d'art, c'est le temps et la liberté. Je parle ici de la liberté qui consiste à revenir sur ses pas quand on

s'aperçoit qu'on a quitté son chemin pour se jeter dans une traverse; je parle du temps qu'il faudrait se

réserver pour abandonner les sentiers hasardeux et retrouver la ligne droite. L'absence de ces deux

sécurités, crée à l'artiste une inquiétude fiévreuse, parfois favorable à l'inspiration, parfois périlleuse pour

la raison, qui, en somme, doit enchaîner le caprice, quelque carrière qui lui soit donnée dans un travail de

ce genre.

Ma réflexion condamne donc beaucoup cette manière de produire. Qu'on travaille aussi vite qu'on voudra
et qu'on pourra: le temps ne fait rien à l'affaire; mais entre la création spontanée et la publication,

il faudrait absolument le temps de relire l'ensemble et de l'expurger des longueurs qui sont précisément

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