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Gaston Tissandier - En Ballon! Pendant le Siège de Paris

transportable. Que ne ferait-on pas avec un semblable appareil bien utilise? Qui empecherait qu'on
n'executat des ascensions nocturnes en enlevant a bord un fanal electrique qui, de son rayon lumineux,

sonderait au loin la campagne? Ce n'est pas le desir qui nous manque de tenter cette belle experience,

mais le professeur de physique du Mans, M. Charault, qui a deja mis a notre disposition plusieurs

appareils, n'a pas de bobine de Ruhmkorff suffisante a la production d'une lumiere intense.

Mardi 20. - Nous voyons le general de Marivaux. Il n'a pu assister encore a nos ascensions et
nous annonce qu'il ne sait pas s'il devra s'en occuper a l'avenir. Le general Chanzy va venir au Mans avec

son armee.

A une heure, nous nous mettons en mesure de faire quelques ascensions. Le temps est limpide et clair.
Nous atteignons, au bout de nos cables, la hauteur de 300 metres. Le spectacle qui s'offre a notre vue est

admirable. La campagne s'ouvre a nous en un cercle immense qui n'a pas moins de quarante a cinquante

kilometres de diametre.

Jusqu'a perte de vue, nous apercevons des bataillons francais qui defilent sur les routes et qui reviennent
au Mans. C'est l'armee du general Chanzy qui se replie de Vendome.

Des escadrons de cuirassiers aux manteaux rouges, defilent au milieu des pres verts, ils offrent l'aspect de
rubans de coquelicots. Nous sondons le lointain avec notre lunette, mais les mouvements de la nacelle

genent l'observation. Toutefois, avec un peu d'application, on arrive a viser un point determine. Mais que

ne ferait-on pas avec la pratique, avec l'habitude? L'art des ascensions captives est a faire, c'est une ecole

a organiser.

Les soldats levent la tete de toutes parts et se demandent quelle est cette nouvelle sentinelle juchee dans
les nuages. Nous sommes vus a la fois par cent mille hommes dont nous dominons les tetes du haut des

airs.

Nous profitons du temps clair pour faire monter et descendre la Ville de Langres, nos collegues
Bertaux, Revilliod, Poirrier, nous succedent a tour de role dans la nacelle. Un grand nombre d'habitants

du Mans, des dames, voudraient bien tenter l'ascension, mais nous ne permettons pas qu'on se fasse un

jeu de notre aerostat. Il appartient a l'armee, quelques rares privilegies seulement prennent part aux

ascensions.

A quatre heures, le capitaine de la compagnie des mobiles qui font nos manoeuvres, nous apprend qu'il a
recu l'ordre de nous quitter. C'est le general Chanzy qui va prendre au Mans le commandement militaire.

Il va falloir sans doute nous mettre en rapport avec lui.

Les journaux ne parlent qu'en termes assez vagues des mouvements de la deuxieme armee qui revient au
Mans. On s'accorde a rendre hommage a l'habilete, a l'energie de son general en chef. Chacun espere que

la France a enfin trouve un sauveur.

V. Une visite au general Chanzy. - Ascension faite en sa presence. - Accident a la descente. - Un
peuplier casse. - Opinion du general sur les ballons militaires.

21 decembre 1870 au 11 janvier 1871.

On savait depuis quelques jours que l'armee du general Chanzy allait se replier sur le Mans, apres de
terribles combats qu'elle avait livres sans treve ni relache.

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