bibliotheq.net - littérature française
 

Gaston Tissandier - En Ballon! Pendant le Siège de Paris

Lagrange; la geographie des Bougainville et des Laperouse; la philosophie, des Montesquieu, des
Voltaire, des Rousseau et des d'Alembert!

Puissent enfin les aerostats trouver d'autres Montgolfier, de nouveaux Charles et de nouveaux Pilatre!

G.T.

PREMIERE PARTIE. Aout 1871. LE CELESTE ET LE JEAN-BART

I. Paris investi. - Les ballons-poste. - L'aerostat le Celeste. - Lachez tout! - L'ascension. -
Versailles. - La fusillade prussienne. - Les proclamations. - La foret d'Houdan. - Les uhlans. - Descente a

Dreux.

30 septembre 1870.

Les historiens qui raconteront les drames du siege de Paris se chargeront de juger les crimes de l'Empire,
ses negligences inouies, ses oublis insenses; ils diront que la capitale du monde, a la veille d'etre cernee

par l'ennemi, n'avait pas un canon sur ses remparts, pas un soldat dans ses forts. Mais ce qu'ils ne

manqueront pas d'affirmer, c'est que les habitants de Paris, en traversant ces heures les plus nefastes de

leur histoire, puisaient comme une nouvelle force dans les malheurs qui venaient de frapper la France,

sans pities sans relache; c'est que leur energie semblait croitre en raison directe des dangers qui les

menacaient.

Quand, le 15 septembre, les journaux annoncent que les uhlans sont signales aux portes de Paris, le
public accueille cette nouvelle avec le sang-froid qui denote la resignation. On sent que quelque chose de

terrible est menacant, que des evenements uniques dans les annales des peuples vont se produire; il y a

dans l'air des nuages epais, precurseurs d'une tempete horrible; mais on envisage l'avenir sinon sans

emotion, du moins sans defaillance ni faiblesse. Tous les coeurs vibrent a l'unisson au sentiment de la

Patrie en danger.

Rien n'est pret pour la defense; il faut tout faire a la fois et en toute hate. Chaque enfant de Paris, entraine
par un irresistible elan, veut avoir sa part de travail dans l'oeuvre commune. Les architectes, les

ingenieurs remuent la terre des bastions; les chimistes preparent des poudres fulminantes et des torpilles;

les metallurgistes fondent des canons et des mitrailleuses, tous les bras s'arment de fusils.

Mais au milieu de cette effervescence, une question de premier ordre, question vitale, s'il en fut, vient
s'imposer a l'administration. En depit des affirmations du genie militaire, les Parisiens sont bel et bien

bloques dans leurs murs. Quelques courriers a pied franchissent d'abord les lignes ennemies, mais

bientot, d'autres reviennent consternes, ils n'ont pas rencontre un sentier sur quelque point que ce fut, ou

le "qui vive" ennemi ne les ait contraints de rebrousser chemin. M. de Moltke a resolu ce probleme inoui:

investir une ville de deux millions d'habitants, faire disparaitre sous un cordon de baionnettes, la plus

immense place forte de l'univers. La capitale du monde se laissera-t-elle emprisonner vivante dans un

tombeau? Lui sera-t-il interdit de parler a la France, de communiquer au dehors son energie, sa foi, son

courage, d'avouer ses deceptions, ses faiblesses, ses inquietudes, d'affirmer ses joies, sa force et ses

esperances? Ne pourra-t-elle pas protester a haute voix contre un bombardement barbare, contre un

assassinat monstrueux de femmes et d'enfants? L'ennemi tiendra-t-il au secret une des plus grandes

agglomerations humaines, sous l'inflexible vigilance d'une armee de geoliers? Arrivera-t-il a tuer la

France en etouffant la voix de Paris?

Il allait etre donne a l'une des plus grandes decouvertes de notre genie scientifique, de dejouer les projets

< page précédente | 6 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.