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Gaston Tissandier - En Ballon! Pendant le Siège de Paris

chaleureusement de nos efforts, et nous excite a recommencer. "Je vous envoie six ballons, nous dit-il,
crevez-en autant que vous voudrez, mais reussissez." Voila de bonnes paroles qui nous reconfortent, c'est

ainsi qu'on fait marcher des hommes d'action. - Malgre notre premier echec, on ne nous congedie pas

avec l'epithete de traitres. - Nous sommes decidement plus heureux que nos generaux.

Du reste, ce n'est pas la perseverance qui nous manquera, mon frere et moi, nous avons le defaut ou la
qualite d'etre tetus comme mulets, quand nous avons un projet en tete. Le lendemain nous reparons de

bon coeur un autre ballon, la Republique universelle, venu de Paris le 14 octobre. Nous allons le

gonfler au premier signal, et nous pensons bien qu'il n'y aura pas de tempete tous les jours aux environs

d'Orleans. Pour plus de precautions, nous preparerons meme aussi un second aerostat, voulant avoir deux

cordes a notre arc. Je n'oublie pas d'ailleurs un conseil de mon ami Gustave Lambert qui a appris a

connaitre la vie: "Pour reussir, me disait-il un jour, il y a un mot qu'il est indispensable de bannir de la

langue francaise, c'est le mot decouragement." Quelque modeste que soit notre sphere d'action, prenons

le parti de le rayer de notre dictionnaire.

Un telegramme envoye de Tours nous apprend que le mouvement de nos troupes est retarde de deux ou
trois jours, et que nous avons le temps de prendre nos dis-positions avant l'attaque. Cette nouvelle vient a

point, car l'usine d'Orleans ne pourra nous fournir 2,000 metres cubes de gaz avant le 3 decembre.

En attendant le jour du gonflement, nous faisons une visite au camp francais accompagnes de quelques
amis. Nous sommes recus d'abord par les turcos, dont le campement si bizarre, si pittoresque, doit

ressembler aux smalas du desert. Ces braves moricauds nous offrent un cafe excellent, et boivent a la

sante de la France. Pauvres Arabes, quels vides effroyables sont ouverts dans vos rangs par le mecanisme

de l'artillerie prussienne! L'homme est faible devant la machine impitoyable! Que peut le courage contre

un projectile aveugle, contre une puissance aussi brutale qu'invincible?

Samedi 3 decembre. - Nous commencons au lever du jour le gonflement de notre nouveau
ballon, la Republique universelle. Ce nom un peu long n'est pas tres-heureux, mais nous ne

voulons pas toucher au bapteme de Paris. Nos marins Jossec et Guillaume, et les mobiles sont a leur

poste, ils commencent a se familiariser aux manoeuvres aerostatiques, que facilitent aujourd'hui un temps

calme, un ciel serein.

A 3 heures de l'apres-midi, nous nous mettons en route, et bientot perches dans notre nacelle, nous
passons au-dessus des campagnes, remorques par les mobiles, a travers les echalas de vigne. L'air est a

peine agite, et la Republique universelle mollement bercee, a l'extremite de ses cordes, ne nous

secoue pas trop violemment dans notre panier d'osier. Nous dirigeons notre marche a cote du chateau du

Colombier, vers un petit village, ou nous ferons notre premiere etape. Demain nous esperons arriver, a la

fin du jour, au camp de Chilleur, ou l'on nous attend.

Duruof avec son ballon restera encore en reserve; il ne se plaint pas de son inaction et nous nous
demandons s'il ne se felicite pas de se tenir a l'abri des projectiles prussiens.

III. La deroute de l'armee de la Loire. - Les ballons captifs au chateau du Colombier. - Aspect
d'Orleans. - Le dernier train. - Les blesses. - Vierzon.

Dimanche 4 decembre 1870.

Apres bien des difficultes, analogues a celles que nous avons decrites, le ballon la Republique
arrive enfin au terme de sa premiere etape, pres d'un petit hameau situe a 4 kilometre a peine du chateau

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