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Gaston Tissandier - En Ballon! Pendant le Siège de Paris

maire recoit les voyageurs tombes des nues. - Nous voici arrives sur les rives de la Seine, ou de vieux
bateliers se concertent pour le passage de l'aerostat sur l'autre rive. Le temps est calme, et malgre la

largeur du fleuve, le ballon est attache par deux cordes a un bachot solide, ou huit rameurs prennent

place. Ils se lancent au large; c'est merveille de nous voir dans notre panier d'osier a 30 metres au-dessus

du courant rapide, remorques par les solides biceps de nos mariniers, qui font parvenir le

Jean-Bart
sur l'autre rive, apres un travail penible et plein de danger pour eux. Car la moindre brise
eut souleve le ballon et fuit chavirer l'embarcation! Mais ces braves gens sont si heureux de venir en aide

a des aeronautes, qu'ils ne veulent pas connaitre d'obstacles!

Nous continuons notre route jusqu'a la voie du chemin de fer ou les fils telegraphiques se dressent,
comme ces dragons des Mille et une Nuits qui crient au voyageur temeraire: "Tu n'iras pas plus

loin!" Comment en effet faire passer un ballon captif retenu par des cables a travers des fils tendus a

quelques metres du sol? - Cet obstacle est surmonte. Suspendus dans l'air a une vingtaine de metres, nous

jetons au dela des fils une corde que saisissent nos conducteurs, tandis que l'on abandonne le cable qui

est de l'autre cote des poteaux. Bientot une petite riviere arrete encore notre marche, mais l'aerostat passe

ce dernier Rubicon et arrive enfin a Romilly-sur-Andelle. Notre ballon est attache a des masses de fonte

pesantes, nous le clouons au sol, ou des gardes nationaux le surveillent. Il passe la nuit dans la prairie,

tandis que nous jouissons des douceurs de la plus charmante hospitalite que puissent recevoir des

voyageurs tombes du ciel.

V. Seconde tentative de retour a Paris. - Le coucher du soleil et le lever de la lune. - La Seine et les
forets. - Adieu Paris! - Descente dans le fleuve. - Les paysans normands.

Du 8 au 20 novembre.

Le lendemain le Jean-Bart a recu une petite ration de gaz qui lui a donne des ailes. Mon frere et
moi nous observons avec attention l'atmosphere. Le vent de terre est du sud-est, mais nous croyons

remarquer que des nuages tres-eleves se dirigent dans la direction de Paris. Nous sommes dans le feu de

l'action, comme les soldats au milieu des fumees de la poudre, nous voulons marcher en avant, decides a

tenter un nouveau voyage a de grandes hauteurs, sans nous soucier de la nuit qui tombe, ni des Prussiens

qui nous entourent.

Cette fois, ce n'est plus la meme confiance qui anime notre esprit, car le courant inferieur est
completement defavorable; mais il semble devoir nous pousser sur Rouen, ou de toute facon il faut

revenir. Dans le cas d'insucces, ce trajet serait accepte comme un pis-aller favorable. Quant au courant

superieur, il est tres-eleve; comment se dissimuler les difficultes a vaincre pour s'y maintenir, pendant un

temps d'une longue duree? Nous faisons la part du possible et du probable, comptant beaucoup sur ce je

ne sais quoi, qui parfois vous vient en aide. Partons toujours, disons-nous, on avisera en l'air. Audaces

fortuna juvat!
ce qui veut dire, en style aerostatique, qu'il faut s'elever en ballon pour que le bon vent
vous favorise.

A quatre heures trente minutes, nous prenons les dispositions du depart. Nos valises bouclees a la hate
sont attachees au cercle du filet, un dernier paquet de lettres qu'apporte le maire de Romilly est place

dans la nacelle. Nous montons dans notre esquif d'osier; il fait un temps magnifique, de grands nuages

blancs se bercent dans l'air, l'heure du crepuscule va sonner, la nature est calme et majestueuse.

Le depart s'execute dans les meilleures conditions, en presence d'une foule completement etrangere aux
manoeuvres aerostatiques. Elle manifeste son etonnement par le silence et l'immobilite. Tous les

spectateurs ont les yeux fixes sur l'aerostat; quand il quitte terre, les tetes se dressent, les bras se levent,

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