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Ernest Hamel - Thermidor

mérité le démenti qu'un peu plus tard lui infligea Laurent Lecointre, en rappelant la scène du 24
prairial[274]!

[Note 272: Rapport fait au nom de la commission chargée de l'examen des papiers trouvés chez
Robespierre et ses complices, par L.-B. Courtois
, représentant du département de l'Aube, p. 16.]

[Note 273: Ibid., p. 17.]

[Note 274: Les crimes des sept membres des anciens comités, etc., par Laurent Lecointre, p. 53.]

Quoi qu'il en soit, les Thermidoriens jugèrent utile d'appuyer d'un certain nombre de pièces la ridicule
accusation de dictature dirigée par eux contre leur victime, et comme ils avaient décoré du nom de

gardes du corps
les trois ou quatre personnes dévouées qui, de loin et secrètement, veillaient sur
Maximilien, ils imaginèrent de le gratifier d'espions à sa solde, que, par parenthèse, il lui eût été assez

difficile de payer. Comme à tous les personnages entourés d'un certain prestige et d'une grande notoriété,

il arrivait à Robespierre de recevoir une foule de lettres plus ou moins sérieuses, plus ou moins

bouffonnes, et anonymes la plupart du temps, où les avis, les avertissements et les menaces ne lui étaient

pas épargnés. C'est, par exemple, une sorte de déclaration écrite d'une femme Labesse, laquelle dénonce

une autre femme nommée Lacroix comme ayant appris d'elle, quelque jours après l'exécution du père

Duchesne, que la faction Pierrotine ne tarderait pas à tomber. Voilà pourtant ce que les

Thermidoriens n'ont pas craint de donner comme une des preuves du prétendu espionnage organisé par

Robespierre. Cette pièce, d'une orthographe défectueuse[275], ne porte aucune suscription; et de l'énorme

fatras de notes adressées à Maximilien, suivant Courtois, c'est à coup sur la plus compromettante,

puisqu'on l'a choisie comme échantillon. Jugez du reste.

[Note 275: Cette pièce figure à la suite du rapport de Courtois, sous le numéro XXVIII; mais elle n'a pas
été imprimée conforme à l'original, qu'on peut voir aux Archives, F 7, 4336, liasse R.]

Viennent ensuite une série de rapports concernant le boucher Legendre, Bourdon (de l'Oise), Tallien,
Thuriot et Fouché, signés de la lettre G. Ces rapports vont du 4 messidor au 29 du même mois; ainsi ils

sont d'une époque où Robespierre se contentait de faire acte de présence au sein du comité de Salut

public, sans prendre part aux délibérations; où le fameux bureau de police générale, dont il avait eu un

moment la direction, n'existait plus; où enfin il avait complètement abandonné à ses collègues l'exercice

du pouvoir. C'était donc aussi bien sous les yeux de ces derniers que sous les siens que passaient ces

rapports. On a dit, il est vrai, et Billaud-Varenne l'a soutenu quand il s'est agi pour lui de se défendre

contre les inculpations de Lecointre, que certaines pièces étaient portées à la signature chez Maximilien

lui-même par les employés du comité - allégation dont nous avons démontré la fausseté - et l'on pourrait

supposer que ces rapports de police lui avaient été adressés chez lui.

Si en effet le rédacteur de ces rapports, lequel était un nommé Guérin, eût été un agent particulier de
Robespierre, les Thermidoriens se fussent empressés, après leur facile victoire, de lui faire un très

mauvais parti, cela est de toute évidence. Plus d'un fut guillotiné qui s'était moins compromis pour

Maximilien. Or, ce Guérin continua pendant quelque temps encore, après comme avant Thermidor, son

métier d'agent secret du comité; on peut s'en convaincre en consultant ses rapports conservés aux

Archives. Voici, du reste, un arrêté en date du 26 messidor, rendu sur la proposition de Guérin. «Le

comité de Salut public arrête que le citoyen Duchesne, menuisier..., se rendra au comité le 28 de ce mois,

dans la matinée, pour être entendu.» Arrêté signé: Billaud-Varenne, Saint-Just, Carnot, C.-A. Prieur. Cet

homme avait été surpris par Guérin en possession de faux assignats[276].

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