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Ernest Hamel - Thermidor

du 10 thermidor, une femme toute troublée, le désespoir au coeur, parcourait les rues comme une folle,
cherchant, appelant ses frères. C'était Charlotte Robespierre. On lui dit que ses frères sont à la

Conciergerie, elle y court, demande à les voir, supplie à mains jointes, se traîne à genoux aux pieds des

soldats; mais, malheur aux vaincus! on la repousse, on l'injurie, on rit de ses pleurs. Quelques personnes,

émues de pitié, la relevèrent et parvinrent à l'emmener; sa raison s'était égarée. Quant, au bout de

quelques jours, elle revint à elle, ignorant ce qui s'était passé depuis, elle était en prison[270].

[Note 269: Mémoires de Charlotte Robespierre, p. 123.]

[Note 270: Mémoires de Charlotte Robespierre, p. 145.]

Voici donc bien établis les véritables sentiments de Charlotte pour ses frères, et l'on peut comprendre
combien elle dut souffrir de l'étrange abus que les Thermidoriens avaient fait de son nom. Tous les

honnêtes gens se féliciteront donc de la découverte d'un faux qui imprime une souillure de plus sur la

mémoire de ces hommes souillés déjà de tant de crimes, et je ne saurais trop m'applaudir, pour ma part,

d'avoir pu, ici comme ailleurs, dégager l'histoire des ténèbres dont elle était enveloppée.

IX

Un faux non moins curieux, dont se sont rendus coupables les Thermidoriens pour charger la mémoire de
Robespierre, est celui qui concerne les pièces relatives à l'espionnage, insérées à la suite du rapport de

Courtois. De leur propre aveu ils avaient, on l'a vu, formé, dès le 5 prairial, contre Robespierre, et très

certainement contre le comité de Salut public tout entier, une conjuration sur laquelle nous nous sommes

déjà expliqué en détail. Leurs menées n'avaient pas été sans transpirer. Rien d'étonnant, en conséquence,

à ce que les membres formant le noyau de cette conjuration fussent l'objet d'une surveillance active. Des

agents du comité épièrent avec le plus grand soin les démarches de Tallien, de Bourdon (de l'Oise) et de

deux ou trois autres. Mais est-il vrai que Robespierre ait eu des espions à sa solde, comme on l'a répété

sur tous les tons depuis soixante-dix ans? Pas d'historien contre-révolutionnaire qui n'ait relevé ce fait à

la charge de Maximilien, en se fondant uniquement sur l'autorité des pièces imprimées par Courtois,

lesquelles pièces sont en effet données comme ayant été adressées particulièrement à Robespierre. Les

écrivains les plus consciencieux y ont été pris, notamment les auteurs de l' Histoire

parlementaire
; seulement ils ont cru à un espionnage officieux organisé par des amis dévoués et
quelques agents sûrs du comité de Salut public[271].

[Note 271: Histoire parlementaire, t. XXXIII, p. 359.]

Cependant la manière embrouillée et ambiguë dont Courtois, dans son rapport, parle des documents
relatifs à l'espionnage, aurait dû les mettre sur la voie du faux. Il était difficile, après la scène violente qui

avait eu lieu à la Convention nationale, le 24 prairial, entre Billaud-Varenne et Tallien, d'affirmer que les

rapports de police étaient adressés à Robespierre seul. Courtois, dont le rapport fut rédigé après les

poursuites intentées contre plusieurs des anciens membres des comités et qui, par conséquent, put

déterrer à son aise dans les cartons du comité de Salut public les pièces de nature à donner quelque poids

à ses accusations, s'attacha à entortiller la question. Ainsi, après avoir déclaré qu'il y avait des crimes

communs aux membres des comités et communs à Robespierre, comme espionnage exercé sur les

citoyens et surtout sur les députés[272], il ajoute: «L'espionnage a fait toute la force de Robespierre et

des comités...; il servit aussi à alimenter leurs fureurs par la connaissance qu'il donnait à Robespierre des

projets vrais ou supposés de ceux qui méditaient sa perte....[273]» Billaud-Varenne, il est vrai, à la

séance du 9 thermidor, essaya, dans une intention facile à deviner, de rejeter sur Robespierre la

responsabilité de la surveillance exercée par le comité sur certains représentants du peuple; mais combien

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