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Ernest Hamel - Thermidor

doit être affreuse, puisqu'elle vous aveugle au point de me calomnier ... on sent bien vibrer la corde
douce et tendre de l'affection fraternelle, et les sentiments de la soeur aimante percent instinctivement à

travers certaines paroles de fureur irréfléchie. On l'avait, s'il faut l'en croire, indignement calomniée

auprès de son frère[264]. Ah! si vous pouviez lire au fond de mon coeur, lui disait-elle, «vous y verriez,

avec la preuve de mon innocence, que rien ne peut en effacer l'attachement tendre qui me lie à vous, et

que c'est le seul sentiment auquel je rapporte toutes mes affections; sans cela me plaindrois-je de votre

haine? Que m'importe à moi d'être haïe par ceux qui me sont indifférens et que je méprise! Jamais leur

souvenir ne viendra me troubler; mais être haïe de mes frères, moi pour qui c'est un besoin de les chérir,

c'est la seule chose qui puisse me rendre aussi malheureuse que je le suis». Puis, après avoir déclaré à son

frère Augustin que, sa haine pour elle étant trop aveugle pour ne pas se porter sur tout ce qui lui

porterait quelque intérêt
, elle était disposée à quitter Paris sous quelques jours, elle ajoutait: «_Je
vous quitte donc puisque vous l'exigez; mais, malgré vos injustices, mon amitié pour vous est tellement

indestructible que je ne conserverai aucun ressentiment du traitement cruel que vous me faites

essuyer
, lorsque désabusé, tôt ou tard, vous viendrez à prendre pour moi les sentiments que je mérite.
Qu'une mauvaise honte ne vous empêche pas de m'instruire que j'ai retrouvé votre amitié, et, en quelque

lieu que je sois, fusse-je par delà les mers, si je puis vous être utile à quelque chose, sachez m'en

instruire, et bientôt je serai auprès de vous....»

[Note 264: Mémoires de Charlotte Robespierre.]

Là se termine la version donnée par les Thermidoriens de la lettre de Charlotte Robespierre. Jusqu'à ce
jour, impossible aux personnes non initiées aux rapports ayant existé entre la soeur et les deux frères de

savoir auquel des deux était adressée cette lettre. Quelle belle occasion pour les Thermidoriens de faire

prendre le change à tout un peuple, sans qu'une voix osât les démentir, et d'imputer à Maximilien tous les

griefs que, dans son ressentiment aveugle, Charlotte se croyait en droit de reprocher à son frère Augustin!

Ils se gardèrent bien de la laisser échapper; ils n'eurent qu'à supprimer vingt lignes dont nous parlerons

tout à l'heure, qu'à remplacer la suscription: Au citoyen Robespierre cadet, par ces simples

mots: Lettre de la citoyenne Robespierre à son frère, et le tour fut fait.

Quand plus tard, longtemps, bien longtemps après, il fut permis à Charlotte Robespierre d'élever la voix,
elle protesta de toutes les forces de sa conscience indignée et elle déclara hautement, d'abord que cette

lettre avait été adressée à son jeune frère, et non pas à Maximilien, ensuite qu'elle renfermait des phrases

apocryphes qu'elle ne reconnaissait pas comme siennes. Elle déniait, notamment, les passages soulignés

par nous[265]. Sur ce second point, Charlotte commettait une erreur. La colère est une mauvaise

conseillère, et l'on ne se souvient pas toujours des emportements de langage auxquels elle peut entraîner.

Or, ne pas s'en souvenir, c'est déjà avouer qu'on avait tort de s'y laisser aller. Les termes de la lettre, telle

qu'elle a été insérée à la suite du rapport de Courtois sont bien exacts; je les ai collationnés avec le plus

grand soin sur l'original.

[Note 265: Voyez, à cet égard, la note de Laponneraye, p. 133 des Mémoires de Charlotte
Robespierre
.]

Beaucoup de personnes ont cru et plusieurs même ont soutenu que Mlle Robespierre n'avait fait cette
déclaration que par complaisance et à l'instigation de quelques anciens amis de son frère aîné. Charlotte

ne s'est pas aperçue de la suppression d'un passage qui, placé sous les yeux du lecteur, eût coupé court à

tout débat. Deux lignes de plus et il n'y avait pas de confusion possible. Quel ne fut pas mon étonnement,

et quelle ma joie, puis-je ajouter, quand, ayant mis, aux Archives, la main sur les pièces citées par

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