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Ernest Hamel - Thermidor

Amis, de ce discours usé,
Concluons qu'il faut boire;

Avec le bon ami Ruzé

Qui n'aimerait à boire?

A l'ami Carnot,

A l'aimable Cot,

A l'instant, je veux boire....

Peu de temps avant la Révolution, il était président de l'académie d'Arras. En 1784, la Société royale des
arts et des sciences de Metz couronna un discours de lui sur les peines infamantes et l'opprobre qui en

rejaillissait sur les familles des condamnés. L'année suivante, il écrivit un éloge de Gresset, où se

trouvent quelques pages qui semblent le programme du romantisme et que l'on croirait détachées de la

célèbre préface de Cromwell, s'il n'était pas antérieur de plus de trente ans au manifeste de Victor Hugo.

Cependant, on entendait retentir comme le bruit avant-coureur de la Révolution. A la nouvelle de la
convocation des États-généraux, Robespierre publia une adresse au peuple artésien, qui n'était autre

chose qu'un acte d'accusation en bonne forme contre l'ancienne société française. Aussi, sa candidature

fût-elle vivement combattue par les privilégiés qui, dans le camp du tiers-état, disposaient de beaucoup

d'électeurs. Il n'en fut pas moins élu député aux États-généraux le 26 avril 1789, et, presque tout de suite,

il partit pour Paris où l'attendait une carrière si glorieuse et si tragique.

II.

Ses débuts à l'Assemblée constituante furent modestes; mais il allait bientôt s'y faire une situation
prépondérante. Assis à l'extrême gauche de l'Assemblée, il était de ceux qui voulaient imprimer à la

Révolution un caractère entièrement démocratique, et il s'associa à toutes les mesures par lesquelles le

tiers-état signala son avènement. Toutes les libertés eurent en lui le plus intrépide défenseur. Répondant à

ceux qui s'efforçaient d'opposer des restrictions à l'expansion de la pensée, il disait: «La liberté de la

presse est une partie inséparable de celle de communiquer ses pensées; vous ne devez donc pas balancer

à la déclarer franchement.» Lorsque l'Assemblée discuta une motion de Target, tendant à faire proclamer

que le gouvernement était monarchique, il demanda que chacun pût discuter librement la nature du

gouvernement qu'il convenait de donner à la France.

Accueilli par les cris: A l'ordre! à l'ordre! il n'en insista pas moins, vainement d'ailleurs, pour la
prise en considération de sa motion. Ses tendances démocratiques se trouvaient donc nettement dessinées

dès cette époque, et la cour le considérait comme son plus terrible adversaire, d'autant plus redoutable

qu'elle le savait inaccessible à toute espèce de corruption.

Sa renommée allait grandissant de jour en jour. Ses efforts désespérés et vains pour faire pénétrer dans la
Constitution nouvelle le suffrage universel, achevèrent de porter au comble sa popularité.

Mais il n'y avait pas que les prolétaires qui fussent privés du droit de participer aux affaires publiques.
Deux classes d'hommes, sous l'ancien régime, étaient complètement en dehors du droit commun, c'étaient

les juifs et les comédiens. L'abbé Maury, ayant proposé de maintenir leur exclusion de la vie civile,

Robespierre s'élança à la tribune: «Il était bon, dit-il, en parlant des comédiens, qu'un membre de cette

Assemblée vînt réclamer en faveur d'une classe trop longtemps opprimée....» Et, à propos des juifs: «On

vous a dit sur les juifs des choses infiniment exagérées et souvent contraires à l'histoire. Je pense qu'on ne

peut priver aucun des individus de ces classes des droits sacrés que leur donne le titre d'hommes. Cette

cause est la cause générale....» Plus heureux cette fois, il finit par triompher, grâce au puissant concours

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