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Ernest Hamel - Thermidor

[Note 214: Ceci, tiré d'un pamphlet de Guffroy intitulé: les Secrets de Joseph le Bon et de ses
complices, deuxième censure républicaine
, in-8º de 474 p., an III, p. 167.]

Quand, victime des passions contre-révolutionnaires, Joseph Le Bon comparut devant la cour d'assises
d'Amiens, où du moins l'énergie de son attitude et la franchise de ses réponses contrastèrent

singulièrement avec l'hypocrisie de ses accusateurs, il répondit à ceux qui prétendaient, selon la mode du

jour, voir en lui un agent, une créature de Robespierre: «Qu'on ne croie point que ce fût pour faire sortir

les détenus et pour anéantir les échafauds qu'on le proscrivît; non, non; qu'on lise son discours du 8 à la

Convention et celui que Robespierre jeune prononça la veille aux Jacobins, on verra clairement qu'il

provoquait lui-même l'ouverture des prisons et qu'il s'élevait contre la multitude des victimes que l'on

faisait et que l'on voulait faire encore[215]....» Et l'accusation ne trouva pas un mot à répondre. «Qu'on

ne s'imagine point», ajouta Le Bon, «que le renversement de Robespierre a été opéré pour ouvrir les

prisons; hélas! non; ç'a été simplement pour sauver la tête de quelques fripons[216]». L'accusation

demeura muette encore.

[Note 215: Procès de Joseph Le Bon, p. 147, 148.]

[Note 216: Ibid., p. 167.]

Ces paroles, prononcées aux portes de la tombe, en face de l'échafaud, par un homme dont l'intérêt au
contraire eût été de charger la mémoire de Maximilien, comme tant d'autres le faisaient alors, sont

l'indiscutable vérité. Il faut être d'une bien grande naïveté ou d'une insigne mauvaise foi pour oser

prétendre que la catastrophe du 9 thermidor fut le signal du réveil de la justice. Quelle ironie sanglante!

IV

Que Robespierre ait été déterminé à mettre fin aux actes d'oppression inutilement et indistinctement
prodigués sur tous les points de la République, qu'il ait été résolu à subordonner la sévérité nationale à la

stricte justice, en évitant toutefois de rendre courage à la réaction, toujours prête à profiter des moindres

défaillances du parti démocratique; qu'il ait voulu enfin, suivant sa propre expression, «arrêter l'effusion

de sang humain versé par le crime», c'est ce qui est hors de doute pour quiconque a étudié aux vraies

sources, de sang-froid et d'un esprit impartial, l'histoire de la Révolution française. La chose était assez

peu aisée puisqu'il périt en essayant de l'exécuter. Or l'homme qui est mort à la peine dans une telle

entreprise mériterait par cela seul le respect et l'admiration de la postérité.

De son ferme dessein d'en finir avec les excès sous lesquels la Révolution lui paraissait en danger de
périr, il reste des preuves de plus d'un genre, malgré tout le soin apporté par les Thermidoriens à détruire

les documents de nature à établir cette incontestable vérité. Il se plaignait qu'on prodiguât les accusations

injustes pour trouver partout des coupables. Une lettre du littérateur Aignan, qui alors occupait le poste

d'agent national de la commune d'Orléans, nous apprend les préoccupations où le tenait la moralité des

dénonciateurs[217]. Il avait toujours peur que des personnes inoffensives, que des patriotes même ne

fussent victimes de vengeances particulières, persécutés par des hommes pervers; et ses craintes, hélas!

n'ont été que trop justifiées. Il lui semblait donc indispensable de purifier les administrations publiques,

de les composer de citoyens probes, dévoués, incapables de sacrifier l'intérêt général à leur intérêt

particulier, et décidés à combattre résolûment tous les abus, sans détendre le ressort révolutionnaire.

[Note 217: Lettre à Deschamps, en date du 17 prairial an II (5 juin 1794). Devenu plus tard membre de
l'Académie française, Aignan était, pendant la Révolution, un partisan et un admirateur sincère de

Robespierre. «Je suis bien enchanté du retour de Saint-Just et de l'approbation que Robespierre et lui

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