bibliotheq.net - littérature française
 

Ernest Hamel - Thermidor

l'année précédente par le misérable auteur du Rougyff. Si quelque chose milite en faveur de
Joseph Le Bon, c'est surtout l'indignité de ses accusateurs. Il serait, d'ailleurs, injuste de le mettre au rang

des Carrier, des Barras et des Fouché. S'il eut, dans son proconsulat, des formes beaucoup trop violentes,

du moins il ne se souilla point de rapines, et lors de son procès, il se justifia victorieusement

d'accusations de vol dirigées contre lui par quelques coquins.

[Note 201: Moniteur du 16 thermidor (3 août 1794).]

[Note 202: Voy. notamment une lettre écrite par Guffroy à ses concitoyens d'Arras le 16 thermidor (3
août 1794).]

Commissaire de la Convention dans le département du Pas-de-Calais, Le Bon rendit à la République des
services dont il serait également injuste de ne pas lui tenir compte, et que ne sauraient effacer les griefs et

les calomnies sous lesquels la réaction est parvenue à étouffer sa mémoire. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'il

fut le ministre implacable des vengeances révolutionnaires, et qu'il apporta dans sa mission une dureté

parfois excessive. Ce fut précisément là ce que lui reprocha Robespierre.

Compatriote de ce dernier, Joseph Le Bon avait eu, dans les premières années de la Révolution, quelques
relations avec Maximilien. Il lui avait écrit à diverses reprises, notamment en juin 1791, pour l'engager à

renouveler sa motion contre le célibat des prêtres[203], et un peu plus tard, en août, pour lui

recommander chaudement un des vainqueurs de la Bastille, le citoyen Hullin, qui, arrivé au grade de

capitaine, venait d'être suspendu de ses fonctions[204]. Joseph Le Bon fut, du reste, nommé membre de

la Convention sans autre recommandation que l'estime qu'il avait su inspirer à ses concitoyens par ses

vertus patriotiques.

[Note 203: Voy. cette lettre dans les Papiers inédits..., t. III, p. 237.]

[Note 204: Papiers inédits..., t. III, p. 254. Général de division et comte de l'Empire, le protégé de
Joseph Le Bon était commandant de la 1re division militaire lors de la tentative du général Malet pour

renverser le gouvernement impérial. Le général Hullin est mort à Paris dans un âge assez avancé.]

Chargé, au mois de brumaire de l'an II, de se rendre dans le Pas-de-Calais pour y réprimer les
manoeuvres et les menées contre-révolutionnaires dont ce département était le théâtre[205], il déploya

contre les aristocrates de ce pays une énergie terrible. Mais par qui fut-il encouragé dans sa redoutable

mission? Fut-ce par Robespierre? Lisez cette lettre:

[Note 205: Arrêté signé: Robespierre, Barère, Collot-d'Herbois, Billaud-Varenne, C.-A. Prieur et
Carnot, Archives.]

«... Vous devez prendre dans votre énergie toutes les mesures commandées par le salut de la patrie.
Continuez votre attitude révolutionnaire; l'amnistie prononcée lors de la Constitution captieuse et

invoquée par tous les scélérats est un crime qui ne peut en couvrir d'autres. Les forfaits ne se rachètent

point contre une République, ils s'expient sous le glaive. Le tyran l'invoqua, le tyran fut frappé....

Secouez sur les traîtres le flambeau et le glaive. Marchez toujours, citoyen collègue, sur la ligne

révolutionnaire que vous suivez avec courage. Le comité applaudit à vos travaux. Signé

«Billaud-Varenne, Carnot, Barère[206].»

[Note 206: Lettre en date du 26 brumaire an II (16 novembre 1793), Rapport de Saladin, p. 68.]

Lisez encore cette autre lettre à propos de la ligne de conduite suivie par Le Bon: «Le comité de Salut

< page précédente | 79 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.