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Ernest Hamel - Thermidor

[Note 196: Séance du 28 messidor (16 juillet 1794), Moniteur du 29 messidor.]

[Note 197: Séance des Jacobins du 28 messidor (16 juillet 1794). Aucun journal que je sache, n'a rendu
compte de cette séance. Je n'en ai trouvé mention que dans une lettre de Garnier-Launay à Robespierre.

Voy. cette lettre dans les Papiers inédits..., t. 1er p. 231.]

III

Mais c'était là une bien faible victoire remportée par Robespierre, à côté des maux qu'il ne pouvait
empêcher. Plus d'une fois son coeur saigna au bruit des plaintes dont il était impuissant à faire cesser les

causes.

Un jour un immense cri de douleur, parti d'Arras, vint frapper ses oreilles: «Permettez à une ancienne
amie d'adresser à vous-même une faible et légère peinture des maux dont est accablée votre patrie. Vous

préconisez la vertu: nous sommes depuis six mois persécutés, gouvernés par tous les vices. Tous les

genres de séduction sont employés pour égarer le peuple: mépris pour les hommes vertueux, outrage à la

nature, à la justice, à la raison, à la Divinité, appât des richesses, soif du sang de ses frères. Si ma lettre

vous parvient, je la regarderai comme une faveur du ciel. Nos maux sont bien grands, mais notre sort est

dans vos mains; toutes les âmes vertueuses vous réclament....» Cette lettre était de Mme Buissart[198], la

femme de cet intime ami à qui Robespierre au commencement de la Révolution, écrivait les longues

lettres dont nous avons donné des extraits. Depuis, la correspondance était devenue beaucoup plus rare.

[Note 198: Nous avons sous les yeux l'original de cette lettre de Mme Buissart, en date du 26 floréal (15
mai 1794). Supprimée par Courtois, elle a été insérée, mais d'une façon légèrement inexacte, dans les

Papiers inédits
..., t. 1er, p. 254.]

Absorbé par ses immenses occupations, Maximilien n'avait guère le temps d'écrire à ses amis; l'homme
public avait pour ainsi dire tué en lui l'homme privé. Ses amis se plaignaient, et très amèrement

quelquefois. «Ma femme, outrée de ton silence, a voulu t'écrire et te parler de la position où nous nous

trouvons; pour moi, j'avois enfin résolu de ne plus te rien dire[199]....», lui mandait Buissart de son côté.

- «Mon cher Bon bon...», écrivait d'autre part, le 30 messidor, à Augustin Robespierre, Régis Deshorties,

sans doute le frère de l'ancien notaire Deshorties qui avait épousé en secondes noces Eulalie de

Robespierre, et dont Maximilien avait aimé et failli épouser la fille, «que te chargerai-je de dire à

Maximilien? Te prierai-je de me rappeler à son souvenir, et où trouveras-tu l'homme privé? Tout entier à

la patrie et aux grands intérêts de l'humanité entière, Robespierre n'existe plus pour ses amis....[200]» Ils

ne savaient pas, les amis de Maximilien, à quelles douloureuses préoccupations l'ami dont ils étaient si

fiers alors se trouvait en proie au moment où ils accusaient son silence.

[Note 199: Voy. Papiers inédits..., t. 1er, p. 253.]

[Note 200: Lettre en date du 30 messidor (18 juillet 1794). Elle porte en suscription: Au citoïen
Robespierre jeune, maison du citoïen Duplay, au premier sur le devant, rue Honoré, Paris.]

Les plaintes dont Mme Buissart s'était faite l'écho auprès de Robespierre concernaient l'âpre et farouche
proconsul Joseph Le Bon, que les Thermidoriens n'ont pas manqué de transformer en agent de

Maximilien. «Voilà le bourreau dont se servait Robespierre», disaient d'un touchant accord Bourdon (de

l'Oise) et André Dumont à la séance du 15 thermidor (2 août 1794)[201]; et Guffroy de crier partout que

Le Bon était un complice de la conspiration ourdie par Robespierre, Saint-Just et autres[202]. Nul, il est

vrai, n'avait plus d'intérêt à faire disparaître Le Bon, celui-ci ayant en main les preuves d'un faux commis

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