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Ernest Hamel - Thermidor

Révolution, comme cela aura lieu au 9 thermidor.

[Note 192: Voy. le Moniteur du 6 thermidor (24 juillet 1794).]

Cependant, en dépit de Robespierre, la Terreur continuait son mouvement ascensionnel. Ecoutons-le
lui-même s'en plaindre à la face de la République: «Partout les actes d'oppression avaient été multipliés

pour étendre le système de terreur et de calomnie. Des agents impurs prodiguaient les arrestations

injustes; des projets de finance destructeurs menaçaient toutes les fortunes modiques et portaient le

désespoir dans une multitude innombrable de familles attachées à la Révolution; on épouvantait les

nobles et les prêtres par des motions concertées....[193]» Comment ne pas s'étonner de l'injustice de ces

prétendus libéraux qui après tous les pamphlétaires de la réaction, viennent lui jeter à la tête les mesures

tyranniques, les maux auxquels il lui a été impossible de s'opposer et dont il était le premier à gémir!

Tout ce qui était de nature à compromettre, à avilir la Révolution lui causait une irritation profonde et

bien légitime.

[Note 193: Discours du 8 thermidor.]

Un jour, il plut à un individu du nom de Magenthies de réclamer de la Convention la peine de mort
contre quiconque profanerait dans un jurement le nom de Dieu: n'était-ce point là une manoeuvre

contre-révolutionnaire? Robespierre le crut, et, dans une pétition émanée de la Société des Jacobins,

pétition où d'un bout à l'autre son esprit se reconnaît tout entier, il la fit dénoncer à l'Assemblée comme

une injure à la nation elle-même. «N'est-ce pas l'étranger qui, pour tourner contre vous-mêmes ce qu'il y

a de plus sacré, de plus sublime dans vos travaux, vous fait proposer d'ensanglanter les pages de la

philosophie et de la morale, en prononçant la peine de mort contre tout individu qui laisserait échapper

ces mots: Sacré nom de Dieu [194]?»

[Note 194: Voy. cette pétition dans le Moniteur du 8 thermidor (26 juillet 1794).]

N'était-ce pas aussi pour déverser le ridicule sur la Révolution que certains personnages avaient inventé
les repas communs en plein air, dans les rues et sur les places publiques, repas où l'on forçait tous les

citoyens de se rendre. Cette idée d'agapes renouvelées des premiers chrétiens, d'une communion

fraternelle sous les auspices du pain et du vin, avait souri à quelques patriotes de bonne foi, mais à courte

vue. Ils ne surent pas démêler ce qu'il y avait de perfide dans ces dîners soi-disant patriotiques. Ici l'on

voyait des riches insulter à la pauvreté de leurs voisins par des tables splendidement servies; là des

aristocrates attiraient les sans-culottes à leurs banquets somptueux et tentaient de corrompre l'esprit

républicain. Les uns s'en faisaient un amusement: «_A ta santé, Picard,» disait telle personne à son valet

qu'elle venait de rudoyer dans la maison. Et la petite maîtresse de s'écrier avec affectation: «Voyez

comme j'aime l'égalité; je mange avec mes domestiques.» D'autres se servaient de ces banquets comme

autrefois du bonnet rouge, et les contre-révolutionnaires accouraient s'y asseoir, soit pour dissimuler leurs

vues perfides, soit au contraire pour faciliter l'exécution de leurs desseins artificieux. Payan à la

commune[195], Barère à la Convention[196], Robespierre aux Jacobins[197], dépeignirent sous de vives

couleurs les dangers de ces sortes de réunions, et engagèrent fortement les bons citoyens à s'abstenir d'y

assister désormais. Ces conseils furent entendus; les repas prétendus fraternels disparurent des rues et des

places publiques, comme jadis, à la voix de Maximilien, avait disparu le bonnet rouge dont tant de

royalistes se couvraient pour mieux combattre la Révolution.

[Note 195: Séance du Conseil général du 27 messidor (15 juillet). Voy. le discours de Payan dans le
Moniteur
du 2 thermidor.]

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