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Ernest Hamel - Thermidor

comité de Salut public vous adresse en même temps que la mienne vous dira le reste. Je vous embrasse
de toute mon âme[188].»

[Note 188: Lettre inédite en date du 9 nivôse an II (27 février 1791), de la collection Portiez (de l'Oise).]

Un peu plus tard, il écrivait encore à ces glorieux associés de sa gloire et de son martyre: «Mes amis, le
comité a pris toutes les mesures qui dépendoient de lui dans le moment pour seconder votre zèle; il me

charge de vous écrire pour vous expliquer les motifs de quelques-unes de ces dispositions; il a cru que la

cause principale du dernier échec étoit la pénurie de généraux habiles; il vous adressera les militaires

patriotes et instruits qu'il pourra découvrir.» Puis, après leur avoir annoncé l'envoi du général Stetenofer,

officier apprécié pour son mérite personnel et son patriotisme, il ajoutait: «Le comité se repose du reste

sur votre sagesse et sur votre énergie».[189] On voit avec quel soin, même dans une lettre particulière

adressée à ses amis intimes, Robespierre s'effaçait devant le comité de Salut public; et l'on sait si Saint

Just et Le Bas ont justifié la confiance dont les avait investis le comité.

[Note 189: Lettre en date du 15 floréal an II (4 mai 1794), de la collection de M. Berthevin.]

Maintenant, - toutes concessions faites aux nécessités de la défense nationale - que Robespierre ait eu la
guerre en horreur, qu'il l'ait considérée comme une chose antisociale, antihumaine, qu'il ait eu pour «les

missionnaires armés» une invincible répulsion, c'est ce dont témoigne la lutte ardente soutenue par lui

contre les partisans de la guerre offensive. Les batailles où coulait à flots le sang des hommes n'étaient

pas à ses yeux de bons instruments de civilisation. Si les principes de la Révolution se répandirent en

Europe, ce ne fut point par la force des armes, comme le prétendent certains publicistes, ce fut par la

puissance de l'opinion. «Ce n'est ni par des phrases de rhéteur, ni même par des exploits guerriers, que

nous subjuguerons l'Europe», disait Robespierre, «mais par la sagesse de nos lois, la majesté de nos

délibérations et la grandeur de nos caractères[190].»

[Note 190: Discours du 8 thermidor.]

Les nations, tout en combattant, s'imprégnaient des idées nouvelles et tournaient vers la France
républicaine de longs regards d'envie et d'espérance. Nos interminables courses armées à travers l'Europe

ont seules tué l'enthousiasme révolutionnaire des peuples étrangers et rendu au despotisme la force et le

prestige qu'il avait perdus. Si Robespierre engageait vivement ses concitoyens à se méfier de

l'engouement militaire, s'il avait une très médiocre admiration pour les carmagnoles de son

collègue Barère, si, comme Saint-Just, il n'aimait pas qu'on fît trop mousser les victoires, c'est

qu'il connaissait l'ambition terrible qui d'ordinaire sollicite les généraux victorieux, c'est qu'instruit par les

leçons de l'histoire, il savait avec quelle facilité les peuples se jettent entre les mains d'un chef d'armée

habile et heureux, c'est qu'il savait enfin que la guerre est une mauvaise école de liberté; voilà pourquoi il

la maudissait. Quel sage, quel philosophe, quel véritable ami de la liberté et de l'humanité ne lui en

saurait gré?

Si nous examinons la situation intérieure, que de progrès accomplis ou à la veille de l'être! Tous les
anciens privilèges blessants pour l'humanité, toutes les tyrannies seigneuriales et locales avec le

despotisme monarchique au sommet - en un mot l'oeuvre inique de quatorze siècles - détruits, anéantis,

brisés. Les institutions les plus avantageuses se forment; l'instruction de la jeunesse, abandonnée ou

livrée aux prêtres depuis si longtemps, est l'objet de la plus vive sollicitude de la part de la Convention;

des secours sont votés aux familles des défenseurs de la République; de sages mesures sont prises pour

l'extinction de la mendicité; le code civil se prépare et se discute; enfin une Constitution, où le respect

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