bibliotheq.net - littérature française
 

Ernest Hamel - Thermidor

Le comité de Salut public, dans sa sagesse, n'entendait pas révolutionner les peuples qui se contentaient
d'assister indifférents au spectacle de nos luttes intérieures et extérieures. «Nous ne devons point nous

immiscer dans l'administration de ceux qui respectent la neutralité», écrivait-il, le 22 pluviôse an II (10

février 1794), au représentant Albite. «Force, implacabilité aux tyrans qui voudroient nous dicter des lois

sur les débris de la liberté; franchise, fraternité aux peuples amis. Malheur à qui osera porter sur l'arche

de notre liberté un bras sacrilège et profanateur, mais laissons aux autres peuples le soin de leur

administration intérieure. C'est pour soutenir l'inviolabilité de ce principe que nous combattons

aujourd'hui. Les peuples faibles se bornent à suivre quelquefois les grands exemples, les peuples forts les

donnent, et nous sommes forts.» Ce langage, où semble se reconnaître l'âpre et hautain génie de

Saint-Just, n'était-il pas celui de la raison même[187]?

[Note 187: La minute de cette lettre est aux Archives, A F II, 37.]

Pour atteindre les immenses résultats dont nous avons rapidement tracé le sommaire, que d'efforts
gigantesques, que d'énergie et de vigilance il fallut déployer! Quatorze armées organisées, équipées et

nourries au milieu des difficultés d'une véritable disette, notre marine remontée et mise en état de lutter

contre les forces de l'Angleterre, tout cela atteste suffisamment la prodigieuse activité des membres du

comité de Salut public.

Lorsque, après Thermidor, les survivants de ce comité eurent, pour se défendre, à dresser le bilan de leurs
travaux, ils essayèrent de ravir à Robespierre sa part de gloire, en prétendant qu'il n'avait été pour rien

dans les actes utiles émanés de ce comité, notamment dans ceux relatifs à la guerre, et Carnot ne craignit

pas de s'associer à ce mensonge, au risque de ternir la juste considération attachée à son nom.

Robespierre, Couthon, Saint-Just n'étaient plus là pour confondre l'imposture; heureusement le temps est

passé où l'histoire des vaincus s'écrivait avec la pointe du sabre des vainqueurs.

Nous avons prouvé ailleurs avec quelle sollicitude Maximilien s'occupa toujours des choses militaires.
Ennemi de la guerre en principe, il la voulut poussée à outrance pour qu'elle fût plus vite terminée; mais

sans cesse il s'efforça de subordonner l'élément militaire à l'élément civil, le premier ne devant être que

l'accessoire dans une nation bien organisée. Tant qu'il vécut, pas un général ne fut pris de l'ambition du

pouvoir et n'essaya de se mettre au-dessus des autorités constituées. Quand ils partaient, nos volontaires

de 92, à la voix des Robespierre et des Danton, ce n'était point le bâton de maréchal qu'ils rêvaient, c'était

le salut, le triomphe de la République, puis le prochain retour au foyer.

Quelle était donc la perspective que Robespierre montrait à nos troupes dans les lettres et proclamations
adressées par lui aux officiers et aux soldats, et dont nous avons pu donner quelques échantillons?

Etait-ce la gloire militaire, mot vide et creux quand il ne se rattache pas directement à la défense du pays?

Non, c'était surtout la récompense que les nobles coeurs trouvent dans la seule satisfaction du devoir

accompli. Et à cette époque le désintéressement était grand parmi les masses. Comment oser révoquer en

doute les constants efforts de Maximilien pour hâter le moment du triomphe définitif de la République?

Plus d'une fois ses collègues du comité de Salut public se servirent de lui pour parler aux généraux et aux

représentants du peuple en mission près les armées le langage mâle et sévère de la patrie. Il s'attacha

surtout à éteindre les petites rivalités qui, sur plusieurs points, s'élevèrent parmi les commissaires de la

Convention. «Amis, écrivait-il en nivôse à Saint-Just et à Le Bas, à propos de quelques discussions qu'ils

avaient eues avec leurs collègues J.-B. Lacoste et Baudot, «j'ai craint, au milieu de nos succès, et à la

veille d'une victoire décisive, les conséquences funestes d'un malentendu ou d'une misérable intrigue.

Vos principes et vos vertus m'ont rassuré. Je les ai secondés autant qu'il étoit en moi. La lettre que le

< page précédente | 74 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.