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Ernest Hamel - Thermidor

dont il avait sollicité les suffrages? «Craint-il», s'écria Robespierre, cédant à l'indignation qui l'oppressait,
«craint-il les yeux et les oreilles du peuple? Craint-il que sa triste figure ne présente visiblement le

crime? que six mille regards fixés sur lui ne découvrent dans ses yeux son âme tout entière, et qu'en dépit

de la nature qui les a cachées on n'y lise ses pensées[182]? Craint-il que son langage ne décèle l'embarras

et les contradictions d'un coupable?»

[Note 182: Dans le tome XX de l'Histoire du Consulat et de L'Empire, M. Thiers, parlant de ce
même Fouché, dit: «En portant à la tribune sa face pâle, louche, fausse_».]

Puis, établissant entre Fouché et les véritables républicains un parallèle écrasant, Robespierre le rangea
au nombre de ces hommes qui n'avaient servi la Révolution que pour la déshonorer, et qui avaient

employé la terreur pour forcer les patriotes au silence. «Ils plongeaient dans les cachots ceux qui avaient

le courage de le rompre, et voilà le crime que je reproche à Fouché». Étaient-ce là les principes de la

Convention nationale? Son intention avait-elle jamais été de jeter la terreur dans l'âme des bons citoyens?

Et quelle ressource resterait-il aux amis de la liberté s'il leur était interdit de parler, tandis que des

conjurés préparaient traîtreusement des poignards pour les assassiner? On voit avec quelle perspicacité

Robespierre jugeait dès lors la situation. Fouché, ajoutait-il, «est un imposteur vil et méprisable»[183]. Et

comme s'il ne pouvait se résoudre à croire que la Providence abandonnât la bonne cause, il assurait, en

terminant, que jamais la vertu ne serait sacrifiée à la bassesse, ni la liberté à des hommes dont les mains

étaient «pleines de rapines et de crimes»[184]. Mais, hélas il se trompait ici cruellement; la victoire

devait être du parti des grands crimes. Toutefois, ses paroles n'en produisirent pas moins une impression

profonde, et, sur la proposition d'un membre obscur, Fouché fut exclu de la société.

[Note 183: Fouché, avons-nous dit, a contribué activement à perdre la République au thermidor, comme
l'Empire en 1815. La postérité a ratifié le jugement de Robespierre sur ce personnage. «Je n'ai jamais vu

un plus hideux coquin», disait de lui l'illustre Dupont (de l'Eure). Voyez à ce sujet l'Histoire des deux

Restaurations
, par M. de Vaulabelle, t. III, p. 404.]

[Note 184: Voyez, pour cette séance, le Moniteur du 3 thermidor (12 juillet 1794).]

Le futur duc d'Otrante continua de plus belle ses sourdes et coupables intrigues. «Je n'ai rien à redouter
des calomnies de Maximilien Robespierre», écrivait-il vers la fin de messidor à sa soeur, qui

habitait Nantes ... «dans peu vous apprendrez l'issue de cet événement, qui, j'espère, tournera au profit de

la République». Déjà les conjurés comptaient sur le succès. Cette lettre, communiquée à Bô, alors en

mission à Nantes, où il s'était fait bénir par une conduite semblable à celle de Robespierre jeune, éveilla

les soupçons de ce représentant, homme à la fois énergique et modéré, patriote aussi intègre

qu'intelligent. Il crut urgent de faire parvenir ce billet de Fouché au comité de Salut public, et il chargea

un aide de camp du général Dufresne de le porter sans retard[185]. Quelques jours après, nouvelles

lettres de Fouché et nouvel envoi de Bô. «Mon affaire ... est devenue celle de tous les patriotes depuis

qu'on a reconnu que c'est à ma vertu, qu'on n'a pu fléchir, que les ambitieux du pouvoir déclarent la

guerre», écrivait le premier à la date du 3 thermidor. La vertu de Fouché!! Et le surlendemain: «... Encore

quelques jours, les fripons ( sic), les scélérats seront connus; l'intégrité des hommes probes sera

triomphante. Aujourd'hui peut-être nous verrons les traîtres démasqués...» Non, jamais Tartufe n'a mieux

dit. C'est Tartufe se signant avec du sang au lieu d'eau bénite. De plus en plus inquiet, Bô écrivit au

comité de Salut public: «Je vous envoie trois lettres de notre collègue Fouchet, dont les principes

vous sont connus, mais dont il faut se hâter, selon moi, de confondre et punir les menées

criminelles....[186]» Par malheur cette lettre arriva trop tard et ne valut à Bô qu'une disgrâce. Quand elle

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