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Ernest Hamel - Thermidor

lui-même de longues vexations de la part de l'aristocratie, il s'était tué le jour où, en présence de
persécutions dirigées contre certains patriotes, il avait désespéré de la République, comme Caton de la

liberté. Son suicide avait eu lieu dans les derniers jours de frimaire an II (décembre 1793). Or, trois mois

après environ, le 21 ventôse (11 mars 1794), Fouché écrivait de Lyon à la Convention ces lignes déjà

citées en partie: «La justice aura bientôt achevé son cours terrible dans cette cité rebelle; il existe encore

quelques complices de la révolte lyonnaise, nous allons les lancer sous la foudre; il faut que tout

ce qui fit la guerre à la liberté, tout ce qui fut opposé à la République, ne présente aux yeux des

républicains que des cendres et des décombres[175].» N'est-il pas souverainement ridicule, pour ne pas

dire plus, de venir opposer le prétendu terrorisme de Gaillard à la modération de Fouché!

[Note 174: Histoire de la Révolution, par M. Michelet, t. VII, p. 402. - M. Michelet reproche à
MM. Buchez et Roux de profiter des moindres équivoques pour faire dire à Robespierre le contraire de

ce qu'il veut dire. Et sur quoi se fonde-il pour avancer cette grave accusation? Sur ce que les auteurs de

l'Histoire parlementaire ont écrit à la table de leur tome XXXIII: Robespierre declare qu'il

veut arrêter l'effusion du sang humain
. Mais ils renvoient à la page 341, où ils citent textuellement
et in extenso le discours de Robespierre dont la conclusion est, en effet, qu'il faut arrêter

l'effusion du sang humain «versé par le crime.» Que veut donc de plus M. Michelet? Est-ce que par

hasard on a l'habitude de ne lire que la table des matières? Il sied bien, du reste, à cet écrivain de

suspecter la franchise historique de MM. Buchez et Roux, lui dont l'histoire est trop souvent bâtie

sur des suppositions, des hypothèses et des équivoques!]

[Note 175: Voyez cette lettre à la suite du rapport de Courtois, sous le numéro XXV.]

Ce dont Robespierre fit positivement un crime à Fouché, ce furent les persécutions indistinctement
dirigées contre les ennemis de la Révolution et contre les patriotes, contre les citoyens qui n'étaient

qu'égarés et contre les coupables. Tout concourt à la démonstration de cette vérité. Son frère ne lui

avait-il pas, tout récemment, dénoncé la conduite «extraordinairement extravagante» de quelques

hommes envoyés à Commune-Affranchie[176]? Les plaintes des victimes n'étaient-elles pas montées

vers lui[177]? Que dis-je, à l'heure même où il prenait si vivement à partie l'impitoyable mitrailleur de

Lyon, ne recevait-il pas une lettre dans laquelle on lui dépeignait le massacre d'une grande quantité de

pères de famille, dont la plupart n'avaient point pris les armes[178]? Ce que voulait Robespierre, c'était le

retour à la justice, à la modération, sinon à une indulgence aveugle; il n'y a point d'autre signification à

attribuer à ces quelques mots dont se sont contentés les rédacteurs du Journal de la Montagne et

du Moniteur pour indiquer l'ordre d'idées développé par lui dans cette séance du 23 messidor,

mais qui nous paraissent assez significatifs: «LES PRINCIPES DE L'ORATEUR SONT D'ARRÊTER

L'EFFUSION DU SANG HUMAIN VERSÉ PAR LE CRIME»[179].

[Note 176: Lettre d'Augustin Robespierre à Maximilien, de Nice, en date du 16 germinal. Vide
supra
.]

[Note 177: Voyez les lettres de Cadillot, sous le numéro CVI, à la suite du rapport de Courtois, et de
Jérôme Gillet, dans les Papiers inédits, t. I, p. 217.]

[Note 178: Lettre en date du 20 messidor, déjà citée, d'une chaumière au midi de Ville-Affranchie,
numéro CV, à la suite du rapport de Courtois.]

[Note 179: M. Michelet trouve que le rédacteur du journal a étendu complaisamment la pensée de
Robespierre. (T. VII, p. 402.) En vérité, c'est par trop naïf!]

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